Passion Napoléon1 Index du Forum
 
 
 
Passion Napoléon1 Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Passion Napoléon1 Index du Forum -> La Vie de Napoléon Bonaparte -> Sa Famille
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
LaTsarine
Lady
Lady

Hors ligne

Inscrit le: 22 Juin 2010
Messages: 67
Localisation: Avignon
Féminin Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Ven 25 Juin - 00:15 (2010)    Sujet du message: Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte Répondre en citant

Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte 
 
 
 
 
Mme Marie-Laetitia Ramolino puis Bonaparte. Epouse de Charles Bonaparte, mère de Napoléon 1er, née à Ajaccio le 24 août 1750, d’une famille patricienne. Bien qu’au milieu des discordes civiles qui déchiraient son pays, elle n’eût pu recevoir qu’une éducation médiocre, elle se fit toujours remarquer par la pénétration de son esprit et la rectitude de son jugement, autant que par l’élévation de son caractère. Elle, était d’une beauté pleine d’éclat, dont la gravité mélancolique et la dignité sévère rappelaient à l’esprit le type idéal de la matrone romaine. En 1767, elle épousa Charles Bonaparte, dont elle partagea les périls lors de la résistance armée contre la conquête française ; elle le suivait à cheval, même pendant ses grossesses, dans ses expéditions et ses fuites à travers les montagnes. Elle aura douze enfants, dont huit survécurent.  
 
Devenue veuve en 1785, elle déploya le plus ferme caractère et veilla seule à l’éducation de ses enfants. Lorsque, en 1793, la Corse eut été livrée aux Anglais, elle fut obligée de fuir au milieu de mille dangers, et se réfugia avec son fils Lucien et ses trois filles à Marseille, où elle fut réduite aux subsides que la République accordait aux patriotes réfugiés, et où elle vécut dans un dénuement extrême jusqu’au moment où Bonaparte, devenu général en chef de l’armée d’Italie, put améliorer le sort de sa famille. Dès lors, elle suivit la fortune extraordinaire de son illustre fils ; reçut, en 1804, le titre de Madame Mère, eut un palais, une cour, dont les charges étaient remplies par les plus grands noms de l’ancienne monarchie ; mais conserva, au milieu de cette grandeur inouïe de sa race, l’austère simplicité de sa vie passée. Il paraît même que, malgré le désir de l’Empereur, elle poussait sa répugnance pour le faste et l’éclat jusqu’à la parcimonie, et qu’elle s’attachait moins à jouir du présent qu’à se prémunir contre les éventualités de l’avenir. Par une prévoyance de mère de famille dont la vie avait été douloureusement éprouvée, elle disait parfois, avec une gaieté pleine de mélancolie : Qui sait si je ne serai pas un jour obligée de donner du pain à tous ces rois ? On sait qu’en effet, plus tard, les économies accumulées par la sollicitude maternelle ne furent pas inutiles à tous ces rois devenus des proscrits. Un tel caractère ne pouvait s'entendre avec l'extravagante Joséphine de Beauharnais que le futur Empereur des Français épousait en 1796. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le célèbre tableau de David, elle n'assista d'ailleurs pas au sacre de son fils en 1804 en raison de leurs désaccords sur son mariage et son couronnement. Pour autant, elle fut élevée, par décret du 23 mars 1805, au rang d'Altesse impériale et Madame Mère. Vivant loin de la Cour, elle s'installa au château de Pont-sur-Seine, offert par son fils, et demeurait à l'Hôtel de Brienne lors de ses rares visites à Paris. 
 
Après les désastres de Waterloo et la seconde abdication de Napoléon, Madame Mère se relira à Rome, où elle vécut dans une retraite profonde, protégée par le respect et la sympathie de toute l’Europe, portant avec une dignité admirable, et pendant plus de vingt ans encore, le poids de ses souffrances physiques (elle s’était cassé la cuisse), de ses angoisses morales et de ses immenses douleurs. Elle mourut en 1836, âgée de plus de quatre-vingt-cinq ans, d’une fièvre gastrite, emportant dans sa tombe la déchirante pensée que la France était à jamais fermée à tous les siens, et exprimant le désir qu’ils n’y rentrassent jamais qu’appelés par la volonté nationale. Quelques dissidences passagères avaient existé entre le fils et la mère. Napoléon se rappelait avec une certaine amertume qu’elle s’était vivement opposée à ce qu’il prît le titre d’Empereur, et oubliait difficilement sa préférence pour Lucien, qu’elle avait sans cesse soutenu, en disant avec une grandeur d’âme toute cornélienne : « Celui de mes enfants que j’aime le plus, c’est toujours le plus malheureux. » II se montrait aussi blessé de son aversion pour Marie-Louise. Cependant, en 1820, lorsque les fautes de la Restauration suscitèrent des révolutions en Espagne et en Italie, et qu’il se forma une conspiration bonapartiste, accusée de répandre des millions pour fomenter un mouvement en faveur de son fils, elle répondit noblement : « Je n’ai pas de millions ; mais si je possédais les trésors qu’on me suppose, je les emploierais à armer une flotte pour enlever mon fils de l’île de Sainte-Hélène, où la plus odieuse déloyauté le retient prisonnier. » En effet, quoi qu’on ait dit de ses immenses richesses, elle ne laissa qu’une fortune de 80.000 fr.ancs de rente et environ 500.000 francs de bijoux. Le plus bel héritage qu’elle légua à ses enfants fut l’exemple de sa modération dans la prospérité, de sa grandeur d’âme dans l’adversité.  
 
Anecdotes :   
Le 9 mai 1769, lors de la retraite de Ponte-Nuovo, elle est enceinte de Napoléon. Elle aurait répété plusieurs fois, dans l’ascension du Monte-Rotondo, où les patriotes corses avaient trouvé refuge : « Il sera le vengeur de la Corse ! ». 
Elle est à l’origine de l’expression « Pourvu que ça dure ! », qu’elle employa en évoquant les victoires de son fils, Napoléon Ier 
 
Ses mémoire : 
Madame Mère, à la fin de sa longue existence dicta son autobiographie abrégée à sa dame de compagnie, mademoiselle Rosa Mellini. La dictée de ces souvenirs n’est d’ailleurs, que le récit sommaire de certains événements de la vie de la mère de l’empereur Napoléon Bonaparte, rappelés par elle avec une naïve et touchante simplicité. Ses courts Souvenirs comportent aussi de petites erreurs surprenantes (comme l’âge du décès de Charles Bonaparte). 
 
 
A trente-deux ans, je restai veuve et Charles mourut à l’âge de trente-cinq ans, à Montpellier, victime de douleurs d’estomac, dont il se plaignait toujours, surtout après qu’il avait dîné. 
Il avait été trois fois député en France, car ses rares qualités lui avaient attiré l’affection et l’estime de ses concitoyens. 
En dix-neuf ans de mariage, je fus mère de treize enfants dont trois moururent en bas âge (et deux en naissant). 
Charles était fils unique comme moi, lorsque nous nous mariâmes ; il avait sa mère et trois oncles, savoir l’archidiacre Lucien, Joseph, et Napoléon. 
Devenue mère de famille, je me consacrai entièrement à la bonne direction de celle-ci et je ne sortais de chez moi que pour aller à la messe. J’entends qu’une des obligations du vrai chrétien soit d’aller à l’église, tous les jours et indispensablement des jours de fêtes ; mais je crois pourtant que l’église n’exige pas, dans les jours de travail, que les personnes qui se trouvent à la tête des affaires et surtout les mères de famille doivent perdre la plus grande partie du jour, hors de chez elle. Ce serait interrompre le cours régulier des affaires et se rendre coupable envers Dieu des graves inconvénients qui surviennent, bien souvent dans les familles, en l’absence du chef. 
D’ailleurs ma présence était nécessaire pour mettre un frein à mes enfants tant qu’ils furent petits. 
 
Ma belle-mère et mon mari étaient si indulgents à leur égard, qu’au moindre cri, la moindre réprimande, ils accouraient à leur aide, faisant mille caresses. Pour moi, j’étais sévère et indulgente, en temps voulu. Aussi étais-je obéie et aimée de mes enfants, qui, même après avoir grandi, m’ont toujours témoigné, dans tous les temps, le même amour et le même respect. 
Ma belle-mère était si bonne que, toutes les fois que je relevais de couches, elle se faisait l’obligation d’entendre une messe de plus, de sorte qu’elle en arriva au point d’entendre neuf messes par jour ! 
 
De tous mes enfants, Napoléon, dès ses premières années, était le plus intrépide. Je me souviens que, pour donner un foyer à leur ardeur extraordinaire, j’avais dû démeubler une grande chambre, où, dans les heures de récréation et de mauvais temps, il leur était permis de s’amuser, à leur gré. 
Jérôme et les trois autres s’occupaient à sauter ou à dessiner des pantins sur le mur. Napoléon, à qui j’avais acheté un tambour et un sabre de bois, ne peignait que des soldats toujours rangés en ordre de bataille. 
 
Dès ses premières années, il montra un goût particulier pour l’étude des nombres, au point que certaines sœurs ou béguines lui donnèrent le nom de mathématicien et le régalaient toujours de confitures. Un jour qu’il les rencontra sur la place Saint-François, il se mit à courir vers elles, en s’écriant Celui qui veut savoir où est mon cœur, le trouvera au milieu des seins des sœurs. La sœur Orto, femme grasse, avec de mauvaises jambes, la réprimanda, mais, à la fin, elle dut céder et lui adoucir la bouche, pour le faire taire. 
Devenu un peu plus grand, je le faisais accompagner à l’école des jésuites et je lui donnais un morceau de pain blanc pour son déjeuner. Un jour on vint me rapporter que M. Napoléon avait été rencontré, plus d’une fois, dans la rue, en mangeant du pain de munition, chose qui ne convenait pas à un enfant de sa condition. Je le réprimandai fortement et il me répondit que, tous les matins, il échangeait son morceau de pain contre celui d’un soldat, puisque devant, lui aussi, être soldat, il était convenable qu’il s’accoutumât à manger de ce pain, que d’ailleurs il préférait au pain blanc. 
A huit ans, il prit tellement goût à l’étude et particulièrement à l’arithmétique, qu’il fallut lui construire une espèce de petite chambre, en planches, sur la terrasse de la maison, où il se retirait tout le jour, afin de ne pas être troublé par ses frères. Le soir, seulement, il sortait, un moment et marchait en distrait, dans les rues, sans avoir fait sa toilette et oubliant toujours de remonter ses bas tombants. D’où vient le dicton répété aujourd’hui même, quelquefois, à Ajaccio : Napoléon à la michaussette, fait l’amour à Jacquelinette. 
 
A ce même âge de huit ans (c’était un jour de fête, le 5 mai), notre fermier d’affaires étant venu en ville, avec deux jeunes et vigoureux chevaux, Napoléon attendit le moment du départ, monta lui-même sur l’un de ces deux chevaux et, nouvel Alexandre, galopait toujours en avant du fermier, qui tremblant de frayeur, l’exhortait à s’arrêter. Il arriva ainsi à destination et descendit de cheval, en riant beaucoup de la peur du fermier. 
Avant de partir, il observa attentivement le mécanisme d’un moulin, alors en mouvement ; il alla reconnaître le volume d’eau qui le mettait en mouvement, demanda au fermier quelle était la quantité de blé moulue, pendant une heure, et prenant des notes sur tout, il ajouta, peu de temps après, que son moulin devait moudre, en un jour, une telle quantité de blé et, en une semaine, une telle autre quantité. Le fermier fut étonné par l’exactitude du calcul et, revenu en ville avec Napoléon, il me dit que si Dieu accordait longue vie au petit monsieur, il ne manquerait pas de devenir le premier homme du monde. 
Je ne me suis jamais laissé faire illusion sur les grandeurs et les flatteries de la cour, et si mes fils avaient donné plus d’attention à mes paroles, ils se trouveraient mieux qu’ils ne le sont actuellement. 
 
Tout le monde m’appelait la mère la plus heureuse de l’univers, tandis que ma vie a été une continuité de chagrins et de martyres. A chaque courrier qui arrivait, je craignais toujours qu’il m’apportât la funeste nouvelle de la mort de l’empereur, sur le champ de bataille. 
 
Lorsque nous étions à Porto-Ferrajo, l’empereur me parut un soir, plus gai que de coutume ; il m’invita, ainsi que Pauline, à faire une partie d’écarté. Un moment après, il nous quitta et alla se renfermer dans son cabinet. Voyant qu’il ne revenait plus, j’allai chez lui, pour l’appeler et le chambellan me dit qu’il était descendu dans le jardin. je me souviens que nous étions dans une des plus douces soirées du printemps ; la lune brillait au dessus des arbres, et l’empereur se promenait seul, à pas précipités, le long des allées du jardin. Tout à coup il s’arrêta et, appuyant sa tête contre un figuier : Et pourtant il faudra bien que je le dise à ma mère !… s’écria-t-il. A ces mots, je m’avance et avec l’accent de la plus vive impatience : Et bien, lui dis-je, Qu’avez-vous donc, ce soir, car je vous vois beaucoup plus pensif qu’à l’ordinaire ? 
 
L’empereur la main sur le front et, après un moment d’hésitation, me répond : Oui, il faut que je vous le dise, mais je vous défends de le répéter à qui que ce soit, ce que je vais vous confier, pas même à Pauline. Il sourit, m’embrasse et reprend : Et bien, je vous préviens que je pars, cette nuit. -Pour aller où ?- A Paris, mais, avant tout, je vous demande votre avis ? -Ah ! permettez que je m’éfforce d’oublier, pour un instant, que je suis votre mère. Je réfléchis et j’ajoutai : Le ciel ne permettra pas que vous mouriez, ni par le poison, ni dans un repos indigne de vous, mais l’épée à la main. 
Marie-Louise était insipide à voir de près, ou à entendre, lorsqu’elle parlait ; mais elle écrivait très bien. Il est inexact que l’empereur ait fait préparé pour elle, à Paris, un appartement identique à celui qu’elle occupait à Vienne. Ce fut Caroline qui alla au devant d’elle et l’accompagna en France. L’empereur alla à a rencontre et ce fut moi qui l’a reçu, pour la conduire à son appartement. Le cardinal, mon frère, les unit par mariage. 
Au baptème du petit Napoléon, l’empereur d’Autriche fut le parrain et je fus la marraine. 
A notre dernier départ de Paris, Marie-Louise me dit : Je désire que vous veniez avec moi en Autriche. Je la remerciai et lui répondis que je ne me séparais jamais de mes enfants. A la mort du petit Napoléon, elle m’écrivit une lettre de condoléance, mais je ne lui ai pas répondu. 
 
Ma vie finit avec la chute de l’empereur. A dater de ce moment, je renonçai à tout, pour toujours. plus de visites dans aucune société ; plus de théâtre, qui avait été mon unique distraction, dans les moments de mélancolie. Mes enfants et mes neveux m’ont toujours prié d’aller au théâtre, je m’y suis toujours refusée, en regardant leur invitation comme une injure. Ils n’ont jamais pu comprendre, comme moi, la profondeur de l’humiliation dans laquelle ils sont tombés par la mort de l’empereur. 
 
 
Source : (Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)
André Castelot, Bonaparte.
Petit Larousse de l'histoire de France.
Ses mémoires
 

_________________
"Ce fut la femme que j'ai le plus aimée" Napoléon parlant de Joséphine de Beauharnais.


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Ven 25 Juin - 00:15 (2010)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Maréchal Lannes
Tiguidoo
Tiguidoo

Hors ligne

Inscrit le: 25 Juil 2010
Messages: 310
Localisation: Seine-et-Marne
Masculin Balance (23sep-22oct) 鼠 Rat

MessagePosté le: Ven 8 Oct - 19:26 (2010)    Sujet du message: Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte Répondre en citant

L'article "Madame Mère" de Jacques Jourquin du numéro 10 de la revue Napoléon Ier :

"La voici entourée d'une Maison où le chambellan est un duc ex-menin du Dauphin, le premier écuyer l'ancien premier page de Louis XVI, l'aumônier un évêque, les dames d'honneur, et à accompagner des épouses de maréchaux et des dames de la noblesse d'Ancien Régime. Elle se tient à la droite de l'Empereur dans les cérémonies officielles. Il semble qu'il n'y ait plus que Saveria, la servante corse, pour lui rappeler ses origines. Mais malgré cette pompe et ce titre de Protectrice générale des Établissements de Bienfaisance et de Charité de l'Empire, elle est bien restée la même depuis la Casa d'Ajaccio. La preuve, une lettre qu'elle adresse le 9 mai 1806 à son fils. Le baron Guien, son secrétaire des commandements, a tourné avec elle cette supplique alambiquée qui se présente presque comme un projet de traité, en réponse à la demande de Napoléon de lui faire savoir ce qu'il pourrait lui être agréable. Si le début est prudent et rassurant : "Toutes mes jouissances sont dans le bonheur des miens"... "Je n'ai qu'un vœu à formuler, c'est d'être le témoin de votre gloire...", la suite est rapidement critique : "Un revenu de 480.000 francs est suffisant sans doute pour mes besoins individuels, il ne l'est point relativement aux obligations qui naissent de ma position politique". Et les demandes s'enchaînent : revenu fixe, invariable et proportionné ; augmentation du nombre d'officiers de sa Maison et de leurs avantages ; remplacement de la pension décidée par l'Empereur par une rente apanagée sur le Trésor public, comme pour les princes et les grands dignitaires.


DYNASTIE SELON NAPOLÉON

Madame Mère s'inquiète de son avenir et de son rang. Elle voudrait être impératrice-mère (elle a cité les "reines-mères" dans sa lettre), ce qui lui donnerait le pas sur tous et en particulier sur les Beauharnais qu'elle n'aime pas, et lui assurerait un domaine garanti en cas de décès de l'Empereur.

"Croyez, Sire, que tous les Français, les pères de famille verraient avec attendrissement cet acte de piété filiale". Malgré ce naïf rappel au sentiment, Napoléon fit la sourde oreille. Il donna 600.000 francs. Pour le reste, il ne démord pas : sa dynastie ne commence qu'à lui. On touche là le fond de leurs relations : affection, respect, devoir filial, protection de la famille, certes ; obligation dynastique, sûrement pas. Napoléon est d'une cohérence parfaite dans son attitude de souverain, qu'il la manifeste vis-à-vis de Lucien marié contre sa volonté — "tout pour Lucien divorcé, rien pour Lucien marié" (Gilbert Martineau) — ou vis-à-vis de Jérôme qui recevra le même ultimatum, auquel il cèdera en acceptant l'annulation de son mariage autrichien.

Letizia aurait tant voulu que toute la famille s'entende et s'entraide autour d'elle, laissée veuve depuis plus de trente ans. Napoléon aussi, mais selon les impératifs de son propre système, et sa mère ne peut échapper à la règle. C'est ainsi qu'on a déterré cette appellation de Madame, autrefois réservée à l'aînée des filles de France (comme si dynastiquement Letizia n'était que la première des filles de l'Empereur). C'est pourquoi ses armoiries ne sont pas tout à fait celles de l'Empereur, qu'elle ne peut aller seule qu'à six chevaux, sans pages et sans escorte. Mère de l'Empereur, tant qu'on voudra, impératrice-douairière sûrement pas. Le défunt Charles était-il empereur ?

C'est pour son rang et donc le sien qu'il lui a offert le château de Pont-sur-Seine, comme il le lui a écrit de Boulogne le 24 juin 1805, dans son style lapidaire :
"Madame, j'ai acheté pour vous le château de Pont. Envoyez votre intendant le voir et en prendre possession. Mon intention est d'accorder soixante mille francs pour le meubler. Vous avez là une des plus belles campagnes de France, où je crois que vous avez été, il y a plus de dix ans. C'est beaucoup plus beau que Brienne. Je désire que vous voyiez dans ce que j'ai fait une nouvelle preuve de mon désir de vous être agréable". En remerciant, Letizia s'inquiète surtout des dépenses. Napoléon ajoutera finalement 100.000 francs et treize tapisseries des Gobelins. Un hôtel à Paris, un domaine à la campagne comme un grand dignitaire, des revenus, une Maison comme une princesse du sang, Madame Mère est une pièce de l'échiquier impérial.


"BELLE COMME LES AMOURS"

S'entendre en famille et avoir du bien, elle a tout fait pour cela, la femme aux douze enfants mis au monde entre quinze et trente-quatre ans. Enceinte de Napoléon, elle avait couru les montagnes jusqu'à la défaite de Paoli en mai 1769 devant les troupes françaises. Dans la grande maison d'Ajaccio elle avait, de grossesse en grossesse, tenu fermement un ménage qui aurait été à l'aise si on avait pas été si nombreux et le mari si dépensier. Car on avait des biens : des oliviers, des vignes, un moulin à blé, des champs, des enclos et trois maisons louées. Charles avait son traitement d'assesseur et de membre de la junte. On vivait dans une autarcie complète de hobereau pauvre, à la noblesse reconnue par Louis XV dès 1770. C'est l'argent qui manquait dont elle tenait un compte parcimonieux, pendant que Charles — quand il était là — surveillait métayers et tabellions. L'archidiacre Lucien, oncle de Charles, supposé riche, prodiguait ses conseils et surveillait de près la maisonnée.

C'est elle aussi qui enseignait les principes d'une simple morale, faisait régner la discipline. Mère corse, autoritaire, ayant le sens du clan et des relations, incarnant la fierté de sa nation et l'honneur de la famille, elle a marqué à jamais le caractère de Napoléon.
"C'est à ma mère, c'est à ses bons principes que je dois ma fortune et tout ce que j'ai fait de bien." De son point de vue à elle, et à lui, rien ne s'obtient sans effort, et la sanction suit immédiatement la faute. Elle dira plus tard drôlement que personne n'avait giflé autant qu'elle de rois et de reines.

Heureusement qu'elle est femme à se débrouiller seule lorsqu'en janvier 1779, elle dit un premier adieu à Napoléon et Joseph qui vont au collège d'Autun, et à leur père qui part représenter la noblesse de Corse à Versailles. A Ajaccio elle s'occupe de Lucien, d'Élisa et de Louis qui marche à peine. Pauline naît en 1780, Caroline dix-huit mois plus tard. Charles repart en 1782 pour consulter des médecins, Letizia, qui l'accompagne pour aller aux eaux de Bourbonne-les-Bains, va voir à Brienne Napoléon, dont l'état de maigreur l'inquiète — voyage qui a été mis en doute (Chuquet) mais qui semble réel (Masson). A-t-elle insisté, par crainte des risques, pour que l'enfant, que l'administration destine d'abord à la marine, choisisse l'artillerie ? Ou est-ce le remplacement en juin 1783 du sous-inspecteur général des écoles militaires, le chevalier de Keralio, partisan d'un Napoléon marin ? Dans le second cas, c'était déjà le destin qui préparait l'histoire de l'Europe. Dans le premier, c'est elle qui porterait la responsabilité. Mais ce serait la dernière fois car son rôle ne sortira jamais plus du cadre des relations familiales intimes.    
 

_________________
"Un amiral doit savoir mourir sur son banc de quart." (Brueys à Aboukir)


Dernière édition par Maréchal Lannes le Sam 9 Oct - 11:53 (2010); édité 1 fois
Revenir en haut
scots greys
King
King

Hors ligne

Inscrit le: 05 Sep 2010
Messages: 537
Masculin
C.1èr et 2ième Empire: 2ième

MessagePosté le: Ven 8 Oct - 21:00 (2010)    Sujet du message: Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte Répondre en citant

Napoléon à propos de sa mère :

<<...Du reste, cette même femme, à laquelle on eût si difficilement arraché un écu, disait l'Empereur, eût tout donné pour préparer mon retour de l'île d'Elbe; et après Waterloo elle m'eût remis entre les mains tout ce qu'elle possédait pour  aider à rétablir mes affaires; elle me l'a offert; elle se fût condamnée au pain noir sans murmure. C'est que chez elle le grand l'emportait encore sur le petit : la fierté, la noble ambition marchaient chez elle avant l'avarice.>>

Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases.
_________________
<<Je ne dis pas que les français ne pourront pas nous envahir, je dis seulement qu'ils ne pourront pas le faire par la mer>>.


Revenir en haut
labellepoule
Grognard
Grognard

Hors ligne

Inscrit le: 07 Aoû 2010
Messages: 2 917
Masculin

MessagePosté le: Ven 8 Oct - 21:25 (2010)    Sujet du message: Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte Répondre en citant

Shocked Pourvou qué ça doure.........
_________________
Siéyès:"Messieurs,vous avez un maitre!Cet homme sait tout,veut tout et peut tout!"


Revenir en haut
Drouet Cyril
chevalier
chevalier

Hors ligne

Inscrit le: 09 Juil 2010
Messages: 1 207

MessagePosté le: Ven 8 Oct - 22:03 (2010)    Sujet du message: Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte Répondre en citant

"Madame Bonaparte, la mère, me raconta qu'elle avait souvent donné des soufflets à Bonaparte pour le faire aller à la grand-messe le dimanche. "Avant-hier, ajouta-t-elle, je lui dis : A présent, il n'est plus nécessaire de vous donner des soufflets pour vous faire aller à la grand-messe. Il me répondit : Non, maintenant c'est à moi à vous en rendre. Et il m'en donna un, en effet."
(Roederer, Mémoires)
_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 09:31 (2017)    Sujet du message: Marie-Laetitia Ramolino Bonaparte

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Passion Napoléon1 Index du Forum -> La Vie de Napoléon Bonaparte -> Sa Famille Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Template lost-kingdom_Tolede created by larme d'ange
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com