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Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643)

 
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Maréchal Lannes
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MessagePosté le: Dim 6 Fév - 18:56 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Fils et successeur d'Henri IV, père de Louis XIV, né au château de Fontainebleau, il est l'un des rois de France que je préfère. Voici un article de son dernier biographe à ce jour, J. C. Petitfils :


"Louis XIII : le dernier grand «roi de guerre»

Moins populaire que son père Henri IV, moins fastueux que son fils Louis XIV, Louis XIII est un monarque méconnu. Il souffre en outre du prestige immense et justifiée de son Premier ministre Richelieu. Mais il vaut mieux que sa réputation : à la fois artiste et guerrier, ce roi a exercé son métier avec conviction et sans faiblesse.

Etouffé par deux grands monarques à l'éclatante renommée, Henri IV, son père, et Louis XIV, son fils, dominé par son Premier ministre, le tout-puissant cardinal de Richelieu, Louis XIII est un roi oublié et mal aimé, qui fait pâle figure dans l'Histoire. Ses portraits par Philippe de Champaigne, Simon Vouet ou Justus Van Egmont accroissent l'impression d'absence : avec son visage émacié, son regard impénétrable, sa moustache et sa barbe à la royale, l'homme donne l'image d'un être maussade et mystérieux, affecté par une incurable mélancolie, «insupportable à lui-même», disait Voltaire. Ce passionné de chasse, promenant sa solitude ennuyée dans les bois giboyeux de Saint-Germain ou de Versailles, abandonnant les rênes de l'Etat à un prélat à la personnalité écrasante, était-il vraiment capable de s'intéresser à la fonction royale et à la politique ? Les romantiques ont noirci à plaisir le portrait. Alfred de Vigny, Victor Hugo, Alexandre Dumas le dépeignent comme un velléitaire sans charisme, un soliveau sans volonté, «esclave couronné» vampirisé par sa mère, l'ambitieuse régente Marie de Médicis, dominé par son premier favori et compagnon de chasse, Luynes, puis écrasé sous la férule impérieuse de son maire du palais, le cardinal-duc, vrai maître de la France, pétri de certitudes olympiennes, bref un roi fainéant «maigre Jupiter à la moustache pointue», ironisera Michelet. Les manuels d'histoire ont prolongé cette vision réductrice, sans s'interroger sur sa pertinence. «Richelieu, le tout-puissant cardinal, est le vrai roi», disait la légende d'un dessin figurant dans le manuel Nathan (1954-1967). Même les ouvrages de l'enseignement secondaire et supérieur n'échappent pas à ce travers. Attachés à glorifier le grand cardinal, ils évoquent la «France de Richelieu», «l'armée de Richelieu», concédant, comme le cours Malet-Isaac, que Louis XIII, «laborieux et brave», était «très jaloux de son autorité».

Quant au septième art, il n'a fait que multiplier les clichés conventionnels, notamment dans ses adaptations des Trois Mousquetaires, la palme revenant au film délirant de Ken Russell, Les Diables (1970), représentant le fils d'Henri IV en dégénéré s'amusant, au milieu de sa cour, à tirer au pistolet des protestants parés de plumes d'oiseau !


Autoritaire, susceptible, mais aimant l'art

Cette légende ravageuse, aux jugements cruels et péremptoires, présente un décalage considérable avec le portrait du roi tel qu'il ressort des écrits du temps, correspondances ministérielles particulièrement celle de Richelieu , rapports des ambassadeurs, lettres privées, gazettes... Les historiens disposent en outre d'un document exceptionnel, fourmillant de précieuses anecdotes, le Journal du médecin du roi, Jean Héroard, qui, du 27 septembre 1601, date de naissance de Louis XIII, au décès du praticien en février 1628, a tout noté de son patient, depuis ses premiers gazouillis, ses bons mots, jusqu'à ses réflexions d'adulte.

Dès l'enfance transparaissent les principaux traits de caractère du futur roi : un garçon d'un naturel bon, quoique turbulent, aimant l'art, la musique, le dessin, mais autoritaire, susceptible, souvent agressif avec ses demi-frères, les bâtards, élevés avec lui. «Les valets ne doivent pas manger avec leur maître !» coupe-t-il lorsqu'on veut l'attabler avec le petit Verneuil, fils d'Henriette d'Entragues. Et le petit Moret, qu'en pense-t-il ? «Il est après ma «mède» que je viens de faire !» Il a des colères furieuses, «grande colère», note Héroard, «colère prompte», «colère froide», «furie outrée», «colère extrême»... Il faut lui donner le fouet. Il est vrai qu'il a été traumatisé à 8 ans par la mort tragique de son père.

Les témoignages s'accordent. «Il veut être respecté», écrivait le poète Malherbe, et «donne de très grand témoignage qu'un jour il saura se faire obéir». Vauquelin des Yveteaux, son précepteur, conscient de la «cuisante jalousie de son autorité», le juge «d'autant plus difficile à gouverner qu'il semble être né pour gouverner et commander aux autres».


Un sens inné de la majesté royale

Les traits de l'enfance se retrouvent à l'adolescence et s'affirment à l'âge adulte. S'il n'a pas l'intelligence fulgurante d'un Richelieu, s'il n'aime guère les études livresques, sa mémoire est remarquable. C'est un esprit pratique, qui aime les travaux manuels : fondre le fer, fabriquer de petits canons, clouer des tapis, distiller des parfums... L'équitation et la chasse le comblent, particulièrement la fauconnerie. Il a de plus une sensibilité d'artiste, peint, dessine, compose des oeuvres polyphoniques, des motets, des chansons. Il a hérité de sa mère le goût des ballets de Cour, écrivant et jouant ses propres oeuvres, comme le ballet du Triomphe ou celui de laMerlaison (la chasse aux merles).

Introverti, masquant sa timidité sous la rudesse de son abord, il garde la volonté inflexible, opiniâtre, d'être obéi de tous. Malgré sa simplicité naturelle et son dédain de l'apparat, il a un sens inné de la majesté royale, une conscience aiguë de son état celui de roi très-chrétien qui a reçu l'onction sainte de Reims , une jalousie farouche de la grandeur, une passion immense non pour sa propre gloire mais pour celle de la France. Et quel goût du secret ! A 16 ans, il se débarrasse du favori de sa mère, l'arrogant Concini, tué sommairement sur le petit pont du Louvre. «Maintenant, je suis roi ! exulte-t-il. Il est temps que je fasse ma charge !» Il en oublie son bégaiement. Marie de Médicis est exilée : son coup d'Etat est un matricide. D'autres ministres connaîtront de foudroyantes disgrâces : le chancelier de Sillery, son fils Puysieux, La Vieuville... En novembre 1630, lors de la journée des Dupes, il crée la surprise en choisissant Richelieu contre sa mère. Il impose le respect par la crainte qu'il fait naître.

Dernier grand «roi de guerre», Louis met toute son ardeur, sa tempétueuse impulsivité, son courage inlassable à combattre les partisans de sa mère, à lutter contre les protestants révoltés, les ennemis de l'extérieur. Il s'illustre à l'île de Riez (1622), au siège de La Rochelle (1628), au Pas-de-Suse (1629)... Partout, il fait merveille.

En1636, après l'invasion des armées hispano-impériales et le désastre de Corbie, il est seul à Paris à ne pas céder à la panique et à préparer la contre-offensive, alors que Richelieu, terré dans son hôtel, semble tétanisé. Et Corbie est repris.

Ce roi-soldat n'hésite pas à coucher sur la paille à la belle étoile ou dans une masure au toit défoncé, occupée la veille par les ennemis, à boire dans son chapeau, à rire avec ses hommes, passant des heures à cheval sans se restaurer.

Reconnaissons qu'il manque de quelques belles qualités royales. Il est mesquin, tatillon, soupçonneux. Il se méfie de sa femme, Anne d'Autriche, coquette, espagnole de coeur, qui, pendant la guerre, complote et correspond secrètement avec son frère, le roi d'Espagne Philippe IV. Leur union est longtemps un échec. Ce n'est qu'en1638, après vingt-trois ans de mariage et quatre fausses couches, qu'elle donne un fils à la France. Le peuple explose de joie, y voit un signe miraculeux.


Il sacrifie tout à son pays

Mais cet homme fragile, neurasthénique, assurément misogyne, peut-être tenaillé par une homosexualité latente, accomplit sans faiblesse son devoir d'Etat, fait corps avec sa fonction, comme peu de souverains l'ont fait avant lui. Il sacrifie tout à la France et à la construction de l'Etat, reléguant au second plan ses sentiments personnels, ses penchants, sa piété filiale, son engagement conjugal.

On lui a reproché sa raideur native, son intransigeance. C'est lui en effet et non Richelieu qui refuse malgré toutes les supplications la grâce des conspirateurs, qu'ils s'appellent Chalais, Montmorency-Boutteville, le maréchal de Marillac ou le duc de Montmorency. A vrai dire, il lui en coûte de cuirasser son coeur, mais il sait que la mansuétude avive les désordres. Il souffre de la misère du peuple, tout en restant attaché à l'ordre avant tout. «Louis le Juste» pardonne plus souvent qu'on ne le pense, à condition qu'on le lui demande : sa mère, son frère, sa femme, le duc de Lorraine en font à plusieurs reprises l'expérience.

Roi tragique et cornélien, à la stoïque grandeur, c'est en effet un chrétien pieux et scrupuleux. Il croit en la justice immanente, à l'intervention de la divine Providence. Après la reprise de Corbie et le spectaculaire rétablissement des armées françaises, il décide de vouer son royaume à Dieu par la Vierge Marie. Tel est le fameux«Vœu de Louis XIII» institué en février 1638, encore célébré aujourd'hui le 15 août.

Sous son règne, la France se métamorphose. Elle accouche dans d'éprouvantes convulsions entre révoltes provinciales, Croquants d'Aquitaine ou Nu-pieds de Normandie de la société nouvelle et de l'Etat rationnel qui s'épanouira sous le règne suivant. La monarchie administrative, qu'on appelle improprement monarchie absolue, commence à s'installer, mettant en place les grands outils de l'Etat, les intendants, l'armée, la marine, la diplomatie, le renseignement.

On ne saurait diminuer les mérites de Richelieu. En 1624, celui-ci entre au Conseil, où très vite il s'impose, exerçant l'autorité que le souverain consent à lui déléguer. C'est une chance pour ce dernier, car le prélat, d'une envergure exceptionnelle, énergique et de bon conseil, l'aide à révéler ce qui était confus en lui. Il fera de Louis XIII, dit Mme de Motteville, «l'un des plus grands monarques du monde», mettant la France, ajoute Montglat, «au plus haut point de grandeur où elle eût été depuis Charlemagne». Mais l'existence politique du cardinal dépend étroitement du maître. Orgueilleux, ombrageux, imbu de son«métier», jaloux de son autorité, le roi doit accepter sa complémentarité avec l'un de ses sujets, supporter son tempérament dominateur et envahissant. Ce n'est pas une cohabitation de tout repos, car Louis ne renonce pas à gouverner et à être pleinement roi. D'où la complexité de leurs rapports, faits d'admiration mutuelle et de crainte, de confiance et de ressentiment, le plus inquiet des deux étant le Cardinal, qui redoute toujours la disgrâce, voire le sort de Concini. Les tensions entre eux seront très vives à la fin, lors de la conspiration de Cinq-Mars (1642).

Pour affermir la monarchie administrative face aux grands féodaux, l'épineux Louis XIII a besoin du réseau de clients de son autoritaire ministre, mais pas question pour autant de lui accorder un blanc seing ! C'est lui qui tranche et décide en dernier ressort, avec brutalité parfois. «Je m'estime heureux, écrit Richelieu, quand de quatre propositions deux lui sont agréables.» Et d'ajouter : «Les quatre coins du cabinet du roi sont plus difficiles à conquérir que tous les champs de bataille d'Europe !»

A la vérité, leur oeuvre immense est commune : ils ont su conjurer la menace extérieure représentée par la maison d'Autriche (Espagne et Empire), au prix, hélas !, d'une guerre qui ne s'achèvera que sous le règne suivant, d'un rude tour de vis fiscal et de graves troubles ruraux ; ils ont mis au pas les protestants, qui formaient un Etat dans l'Etat, tout en respectant leurs convictions religieuses. Ils ont soumis les grands, prompts à la révolte, déjoué les conspirations fomentées par leurs proches. Durant dix-huit ans, ils ont porté l'Etat à bout de bras, en dépit de leur santé précaire. Richelieu expire le 4 décembre 1642. Louis XIII, rongé par une entéropathie chronique (sans doute la maladie de Crohn), meurt à 42 ans, le 14 mai 1643, après une pathétique agonie.

Son règne représente une étape majeure dans l'unification du royaume et la construction de l'Etat-Nation. Achevant son oeuvre, LouisXIV, moins complexé mais aussi moins modeste que lui, ne fera qu'y ajouter la théâtralisation, la personnification du pouvoir et la mise en scène de sa propre gloire.

Jean-Christian Petitfils est historien, auteur des biographies de Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XVI. Prochain livre : L'Assassinat d'Henri IV, mystères d'un crime (Perrin, en librairie le 20 août)."


Et la préface de la biographie de Pierre Chevailler, aux éditions Fayard, en 1979 :

" Avoir vécu à peine quarante-deux ans et succédé au prestige et au renom d’Henri IV, s’être trouvé éclipsé par la gloire de Louis XIV, devenir roi en droit, sinon en fait, à moins de neuf ans, faire acte de véritable majorité par le coup d’Etat du 24 avril 1617 (mort violente de Concini), être relégué au second plan par l’exceptionnelle personnalité de Richelieu, avoir eu pour compagne habituelle la maladie, avoir été pénétré du sentiment de sa dignité royale, du sens de l’Etat comme de celui de ses devoirs envers ses sujets, avoir constamment fait face au cours de sa brève existence à toutes les situations et n’avoir jamais hésité à être sur la brèche, tel fut le destin général de Louis de Bourbon, treizième du nom, que dès l’aube de son règne la voix populaire appela de façon austère, mais exacte, Louis le Juste.

Mais, être roi, c’est être seul et, au milieu des grandeurs, être sans appui et sans soutien. « Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes », nous rappelle Corneille. Sur qui l’enfant, l’adolescent et l’homme jeune prématurément vieilli que fut Louis XIII put-il compter ? Sur sa famille naturelle ? Aurait-il, s’il l’avait pu, choisi une autre mère que Marie de Médicis ? Une telle mère, il faut le reconnaître, a été pour l’homme et le roi une difficulté constante et un obstacle tel qu’il lui a fallu se résoudre à l’écarter définitivement. Marié à quatorze ans avec celle que les Espagnols nommaient « la reine infante », le jeune adolescent a dû accepter une épouse qu’il n’avait pas choisie et qui fut pour lui plus une ennemie qu’une alliée. Espagnole et habsbourgeoise, c’est seulement son fils Louis XIV qui a fait d’Anne d’Autriche une Française. Les trois sœurs du roi, Elisabeth, Henriette et Chrétienne, mariées à Philippe IV d’Espagne, à Charles Ier d’Angleterre et à Victor-Amédée de Savoie, quittèrent de bonne heure la famille royale pour devenir des étrangères n’ayant plus avec leur frère que de rares relations épistolaires. Par exception, à l’occasion des affaires d’Italie, le roi reverra Chrétienne alors régente de Savoie, lors d’un séjour en Dauphiné. A défaut de sa mère et de son épouse, sinon de ses sœurs, le roi a-t-il eu pour second l’unique frère qui lui restait ? Après la mort en bas âge du duc d’Orléans en 1611, le troisième fils d’Henri IV, Gaston de France, duc d’Anjou jusqu’en 1626, puis duc d’Orléans, fut le plus constant adversaire de son aîné, sur la mort et la succession duquel il ne cessa de tabler jusqu’à la naissance du futur Louis XIV, le 5 septembre 1638.

Sa famille naturelle fut ainsi pour Louis XIII une véritable jungle. Tous ceux auxquels l’unissaient les liens du sang furent vraiment pour lui, suivant une expression classique, des « parents terribles ».

Faut-il alors s’étonner si l’enfant, puis l’adolescent, et enfin l’homme a cherché et trouvé ailleurs ce que les siens lui refusaient ? Certes, Louis XIII n’a jamais dit ni même pensé, à l’instar d’un auteur du XXe siècle : « Famille, je te hais ! », mais il aurait pu dire : « Famille, je te subis ! »
Enfant, il s’est pris d’affection pour ses précepteurs, ses gouverneurs et gouvernantes ainsi que pour son fidèle et très paternel médecin Jean Héroard. Adolescent, ses camarades de jeux et de divertissement lui ont évité la solitude et l’abandon. C’est parmi ses compagnons de chasse que le jeune prince a distingué et mis hors de pair le premier favori du règne, d’Albert de Luynes. Car, à côté et souvent au-dessus de leur famille naturelle, les rois absolus se sont constitués une famille qu’ils choisissaient librement et dont le favori ou la maîtresse en titre étaient le personnage principal. A d’Albert de Luynes succédèrent les premiers écuyers François de Barradat, Claude de Rouvroy, sieur de Saint-Simon, Henri Coëffier, sieur de Cinq-Mars, ce qui n’empêcha nullement le très réservé et pudique Louis XIII de mettre hors de pair Mlles de Hautefort et de La Fayette.

La chasse, les favoris, les maîtresses platoniques (car telles furent Marie de Hautefort et Louise-Angélique de La Fayette), voilà quelle fut la véritable famille de Louis XIII. Mais si l’homme y trouva son compte — et l’on verra que ce fut plutôt moins que plus —, l’homme public, l’homme d’Etat pouvait-il, à l’exemple d’un roi d’Espagne, laisser le soin et la conduite des affaires à une camarilla, comme l’avait fait sa propre mère lors de la régence. Au début de son règne effectif, à partir du 24 avril 1617, le premier en date des favoris fut aussi Premier ministre de fait. L’expérience fut décevante, et la mort prématurée et inopinée, le 15 décembre 1621, de celui qui était devenu, par la grâce du roi, le connétable de Luynes, le sauva d’une disgrâce imminente et méritée.

A la différence de son père (car Sully ne fut jamais principal ministre), Louis XIII, par nature et par goût, aimait se reposer du soin des affaires sur les ministres auxquels il accordait sa pleine confiance, tout en exigeant d’être informé de tout. Après de Luynes, qui avait été à la fois favori à titre personnel comme à titre politique, il n’y eut plus de 1622 à 1642 réunion des deux qualités dans le même individu. Et même, res mirabilis !, au lendemain de la mort de Luynes, le jeune roi fit connaître en janvier 1622 son intention de ne plus avoir de favori, comme sa volonté de se consacrer pleinement aux affaires. En fait, succédèrent très vite à de Luynes dans la confiance du roi le chancelier de Sillery et son fils, le marquis de Puisieux. Mais leurs insuffisances, leur corruption aussi expliquent, au début de 1624, leur disgrâce. Un bref intermède fut assuré par le marquis de La Vieuville, de janvier à août 1624 ; mais si, en avril de la même année, le roi, cédant aux pressantes instances de sa mère, se décide à admettre M. de Luçon au Conseil, il faudra quelque temps encore pour que le « seigneur cardinal », d’abord accepté de bouche par le roi, le soit aussi par son cœur, et soit enfin constitué dans la position de favori politique qui sera la sienne jusqu’à sa mort le 4 décembre 1642. Désormais, de 1624 à 1642, les favoris personnels du roi comme les maîtresses platoniques coexistent avec le favori politique, mais, une fois établis dans les bonnes grâces du roi, soit du propre mouvement de celui-ci, soit par l’industrieuse habileté du cardinal, ils ne s’y maintiennent qu’en accord avec l’éminence, et toute velléité d’indépendance ou d’hostilité de leur part à l’égard du tout-puissant ministre se termine pour eux comme pour elles par l’exil, le couvent ou l’échafaud.

Ainsi, après la période préliminaire de 1617 à 1624, septennat en somme de tâtonnements et d’incertitudes, les trois raisons essentielles de vivre de Louis XIII ne varieront plus de 1624 à 1643. A la chasse, qui, dès son adolescence, a été le dérivatif par excellence, une sorte de refuge et de suprême consolation, aux favoris et aux maîtresses platoniques qui sont sa vraie famille et avec lesquels alternent les heures ensoleillées comme les périodes de brouille et de grisaille, s’adjoint un commerce constant et presque intime marqué par la plus grande confiance entre le « maître de la boutique » et le premier serviteur de celle-ci, le cardinal-duc. Grâce, en effet, au favori politique, à la période des échecs et des difficultés de 1617 à 1624 succède, de 1624 à 1643, une suite presque constante de succès. Malgré sa mère, malgré son épouse, malgré son frère, contre les opposants de toute sorte tant intérieurs qu’extérieurs, le roi et le cardinal ont conclu une alliance bénéfique jusqu’à la mort de Richelieu en décembre 1642, et dont les plus beaux fruits seront récoltés et cueillis par Mazarin et Louis XIV. "

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MessagePosté le: Dim 6 Fév - 18:56 (2011)    Sujet du message: Publicité

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Drouet Cyril
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MessagePosté le: Dim 6 Fév - 19:55 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

J'en reviens à Napoléon :

"Louis XIII n'était pas un homme sans mérite. Il était brave ; il n'avait pas de maîtresse. Il soutenait son minsitre contre tout le monde, non par fantaisie, mais parce qu'il l'aimait, parce qu'il était utile à l'Etat. Richelieu n'a fait périr que des gens qui le méritaient. Gaston d'Orléans aurait dû porter sa tête sur l'échafaud. Il y a une distance immense entre Louis XIII et son père."
(Napoléon cité par Bertrand, Cahiers de Sainte-Hélène)
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Maréchal Lannes
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MessagePosté le: Dim 6 Fév - 20:57 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Pour une fois, je suis d'accord avec Napoléon sur Gaston d'Orléans : fi de la raison d'Etat, et en plus, élimination d'un trublion pendant la future Fronde !
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MessagePosté le: Lun 7 Fév - 22:00 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Evidemment, du côté des femmes, par rapport à son père et à son fils, glorieux du côté admiration pour le sexe faible, mon cher Louis XIII fait pâle figure. Mais quand on est roi, on est attaché au timon de l'Etat. Il faisait son métier de roi avant tout, avec maladresse au départ, mais avec Richelieu, une des personnalités politiques les plus illustres de l'Ancien Régime, il a réalisé la glorieuse liaison entre son père et son fils. Je laisse dauber sur les soupçons d'homosexualité, je n'y crois pas une seule seconde, mais bon, laissons les amateurs de Closer et de Voici en avoir à se mettre sous la dent :
http://www.passion-histoire.net/n/www/viewtopic.php?f=54&t=4607
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Pauline Bonaparte
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MessagePosté le: Lun 7 Fév - 22:06 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Maréchal Lannes a écrit:
 laissons les amateurs de Closer et de Voici en avoir à se mettre sous la dent :



http://www.passion-histoire.net/n/www/viewtopic.php?f=54&t=4607




alors, ça c'est d'un goût  !


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Maréchal Lannes
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MessagePosté le: Lun 7 Fév - 22:14 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Il a recherché des amitiés viriles, c'est tout. Nul autre roi n'était familier des conditions de vie du soldat au XVIIe siècle. Il connaissait même tous les rythmes de roulements de tambours, les sonneries de fifres.

Face à sa famille de panier de crabes, il lui a fallu d'autres sources de plaisirs, de joies, sans céder aux tentations de la chair, aussi sources de désirs renfermés soit-elles. Je le comprends. Il a sa couronne de martyr dans les cieux, comme Henri III et ses trois couronnes.
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Pauline Bonaparte
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MessagePosté le: Lun 7 Fév - 22:19 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Maréchal, ce n'est pas cela qui me choque, je connais suffisamment Henri III et Louis XIII pour les défendre, si j'ose dire. A ce propos, laissez moi Henri III, j'en raconterais un peu (merci)

c'est juste le fait de mentionner Closer et autre, comme si, ici, on prenait les propos de ces journaux comme argent comptant !

Et ce n'est pas parce que je m'amuse à sortir de petites anecdotes au sujet des dames de nos rois, que je ne connais que cela sur nos rois !


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Maréchal Lannes
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MessagePosté le: Lun 7 Fév - 22:20 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Louis XIII était stoïcien, c'est tout. Il voulait, aussi dur que ce soit pour lui, maîtriser ses instincts et ses passions, les subordonner à la raison. Rétrospectivement, il aurait apprécié, le pauvre, de voir la tragédie Nicomède de Corneille, en 1650...
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Drouet Cyril
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MessagePosté le: Lun 7 Fév - 22:27 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant

Tiré des Mémoires de Marchand :

"Un jour, le comte de Montholon [...] parcourant [les journaux venant de France] dit à l'Empereur qu'on allait détruire la fontaine de la place Royale [aujourd'hui place des Vosges] pour y placer une statue de Louis XIII : "Ils ne savent, répondit l'Empereur, que faire des sottises. Comment détruire un objet d'utilité publique pour y mettre un roi aussi insignifiant."


Pour Mémoire, suite au déboulonnage de Louis XIII, sous la Révolution, on avait songé à édifier ici un monument à l'Hymen puis une statue de d'Hautpoul. Ces projets ne virent pas le jour, et ce fut finalement une grande pièce d'eau réalisée par Girard qui vint orner la place. Avant que ne revienne Louis XIII...
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MessagePosté le: Lun 7 Fév - 22:30 (2011)    Sujet du message: Louis XIII le Juste (1601-1643), roi de France (1610-1643) Répondre en citant



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