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L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe

 
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général Mellinet
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MessagePosté le: Jeu 25 Nov - 21:47 (2010)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe Répondre en citant

La politique algérienne de Napoléon III est celle d'un précurseur et témoigne de la profondeur de ses analyses et de ses conceptions politiques : entre association et assimilation, entre armée, colons et population musulmane, Napoléon III fut conscient des difficultés qui limitaient l'expansion économique et l'équilibre social de l'Algérie. Ses bonnes intentions restèrent malheureusement lettre morte et, de ce point de vue, l'histoire se répétera. Napoléon III ne pourra pas mettre en place, en pratique, de solutions efficaces. Comme ne pourront pas non plus le faire ses successeurs, qui, jusqu'à la fin de la présence française en Algérie, se heurteront à la même problématique : comment assurer le développement économique et la mise sur un relatif pied d'égalité de la communauté musulmane, contre la volonté des colons européens ?
J'ouvre donc ce soir un sujet sur la conduite des affaires algériennes par Napoléon III (sujet tiré de l'article écrit par l'historien Jacques Macé dans la revue trimestrielle "Napoléon III, le magazine du Second Empire"...).
Vous souhaitant bonne lecture :


A son accession au pouvoir en décembre 1848, le président Louis-Napoléon Bonaparte se trouve confronté au problème algérien, comme l'avait été son prédécesseur Louis-Philippe et comme le seront la plupart de ses successeurs jusqu'au général de Gaulle.


Tout avait commencé par une créance douteuse du gouvernement du Directoire envers la régence d'Alger (alors vassale de l'Empire ottoman), au sujet d'une fourniture de blé algérien par l'intermédiaire de deux commerçants juifs de Livourne (Bacri et Busnach) avec, bien entendu, intervention de Talleyrand. A cela venaient s'ajouter les exactions des pirates barbaresques qui écumaient la Méditerranée en utilisant le port d'Alger comme base arrière. En 1808, Napoléon 1er, qui se trouvait alors à Bayonne pour régler l'affaire dynastique espagnole, avait déjà voulu en finir par la force avec la créance Bacri-Busnach et avait envoyé le commandant du génie Boutin à Alger pour étudier un plan d'occupation de la ville. Le projet établi par Boutin proposait un débarquement sur la plage de Sidi-Ferruch et la prise du "Fort-l'Empereur" avant de s'emparer de la cité.
Vingt ans plus tard, sous Charles X, l'affaire en était toujours au même point. Mécontent des atermoiements du gouvernement français, le dey d'Alger convoque en avril 1827 le consul de France et, dans son irritation, lui effleure la joue des plumes de son chasse-mouches. C'était le geste de trop et ce soufflet, transformé en trois coups d'éventail par la presse, déclenche une cascade d'évènements qui ne trouveront leur épilogue que cent trente-cinq ans plus tard.


La prise d'Alger :


Le gouvernement Polignac décide d'en finir et monte une expédition qui, au départ, se veut seulement « punitive ». Le général Louis Auguste Victor de Bourmont (un général chouan rallié à Napoléon Bonaparte et qui déserta deux jours avant la bataille de Waterloo en juin 1815...), alors ministre de la Guerre, prend la tête d'un corps de 37 000 hommes et, appliquant à la lettre le plan dressé par Boutin en 1808, débarque à Sidi-Ferruch le 14 juin 1830. La ville d'Alger tombe le 5 juillet suivant et, à cette nouvelle, Charles X élève Bourmont à la dignité de maréchal de France. Trois semaines plus tard, avant qu'on ait eu le temps de décider ce qu'on allait faire de cette conquête, Charles X prenait le chemin de l'exil. Que Bourmont n'a-t-il alors suivi son premier mouvement et rembarqué ses troupes en métropole pour tenter de voler au secours de la monarchie légitime ! L'histoire de France en aurait été différente...


Sous la Monarchie de Juillet :


Le général Clauzel, successeur de Bourmont, consolide sa position autour d'Alger pour assurer la sécurité de ses troupes. Louis-Philippe et son gouvernement, qui dans ces premiers mois de la Monarchie de Juillet ont d'autres chats à fouetter, se gardent bien de lui donner des consignes précises. L'intervention française a rapidement une conséquence imprévue : plusieurs milliers de petits commerçants et trafiquants espagnols, italiens ou maltais, parfois même français, arrivent en territoire algérien, attirés par les bones affaires qu'ils espèrent y faire. Cette invasion des civils, qui suit celle des militaires, provoque l'irritation et bientôt la révolte de certaines tribus indigènes, tandis que d'autres, qui donneront naissance aux zouaves et aux spahis, se rallient à l'envahisseur. Savary, le Duc de Rovigo à la sinistre réputation, succède à Clauzel et se signale par une sanglante répression. Dans l'Oranais, un chef religieux à la forte personnalité prend avec succès la tête du combat contre les « infidèles ». Il se nomme Abd el-Kader et fera longtemps parler de lui...
En décembre 1833, Louis-Philippe crée une Commission d'Afrique destiné à juger si la France a intérêt à rester en Algérie (comme on commence alors à appeler l'ancienne régence...). Le rapport est nuancé et, le 22 juillet 1834, l'Algérie devient une colonie militaire placée sous la tutelle du ministère de la Guerre. Pendant ce temps, Abd el-Kader emporte de beaux succès face aux troupes françaises et le général Desmichels lui concède l'autorité sur l'intérieur de l'Oranais, le temps pour l'armée de s'emparer de Constantine, à l'autre bout du pays. Le premier assaut contre les murs de Constantine est un échec et la ville ne sera prise qu'en octobre 1837 !
Un mois plus tard (novembre 1837), la guerre reprend contre Abd el-Kader et va durer environ dix ans, sous la direction principale du général Thomas Bugeaud, nouveau gouverneur général qui accueille près de lui deux des fils de Louis-Philippe (savoir les ducs d'Aumale et d'Orléans), avides de gloire militaire. Les deux camps multiplient les atricités, tandis que des colons continuent à arriver, notamment des spéculateurs attirés par l'acquisition facile de terres à exploiter. On les appelle bientôt les "Gants jaunes" (le terme de "Pieds noirs" sera employé plus tard pour information...).
Submergé par les renforts envoyés de France, lâché par le sultan du maroc qui se méfie de son influence, Abd el-Kader subit défaite sur défaite. Par un coup de chance, le duc d'Aumale s'empare de sa capitale itinérante, la "smalah", opération au grand retentissement médiatique en France où les victoires en algérie sont les seules à être célébrées durant la Monarchie de Juillet (mise à part celle remportée par l'armée du maréchal Gérard contre les troupes hollandaises du général Chassé, lors du siège de la citadelle d'Anvers en 1832...).
Acculé, Abd el-Kader se résigne à demander l'aman (terme arabe désignant une garantie de vie sauve à un ennemi) et, le 23 décembre 1847, remet son sabre au général Lamoricière (tiens ? Un autre chef de guerre nantais... ) qui lui promet de pouvoir partir librement en exil à Alexandrie ou à Saint-Jean d'Acre, promesse confirmée par le duc d'Aumale, devenu entre-temps le nouveau gouverneur général de l'Algérie. L'émir s'embarque avec sa suite pour transiter par Toulon.
Les ministres ne l'entendent pas de cette oreille et ne veulent croire en la parole de leur ancien adversaire, lequel déclare ne plus vouloir s'occuper que de philosophie et de religion. Le gouvernement décide de l'interner au "Fort Lamalgue", près de Toulon. Deux mois plus tard, la France change encore une fois de régime : le gouvernement de la république, sous la pression de députés demandant que la France respecte sa parole, décide de transférer l'émir au château de Pau. Son voyage de Sète à Pau, via Toulouse, accompagné de sa famille et de sa suite en burnous, suscite un vif intérêt populaire.
En juillet 1848, le général Lamoricière devient minsitre de la guerre. Directement concerné par l'affaire, il décide du transfert d'Abd el-Kader au château d'Amboise, dans les meubles de l'ex-roi Louis-Philippe. En passant à Bordeaux, l'émir algérien rencontre Mgr Dupuch, ancien évêque d'Alger qui avait à plusieurs reprises été son interlocuteur lors de négociations. Les deux hommes s'estiment réciproquement. Leur apparition sur le perron de l'hôtel de ville de Bordeaux est un triomphe exploité par la presse sur le moment (bien que cette dernière ne soit pas encore "people"...).
Sous la pession des colons qui souhaitent cantonner les militaires dans leur rôle de protection et imposer leur autorité aux indigènes, le gouvernement républicain décide de découper le pays en trois départements, dotés chacun de quatre députés et relevant du droit civil français, et une zone militaire où la présence de l'armée est encore nécessaire. 450 insurgés parisiens des journées de juin 1848 sont transférés à Bône et employés aux travaux publics dans la ville. Telle est la situation lorsque Louis-Napoléon Bonaparte accède à la présidence de la République en décembre 1848.
La période 1849-1851 est très contrastée puisque le gouvernement multiplie, avec plus ou moins de succès, les mesures destinées à favoriser le développement économique de la colonie, décide la création d'un système d'instruction arabe, tandis que que les combats reprennent avec virulence dans les zones sahariennes et aux portes de la Kabylie, région montagneuse et sauvage jamais conquise jusqu'à présent et où le général Armand de Saint-Arnaud s'illustre par de terribles dévastations afin de – comme il l'écrit à son frère – "gagner sa troisième étoile".
Il sera rappelé quelque temps plus tard, nommé ministre de la Guerre et rendu dès lors disponible pour le coup d'Etat du 2 décembre 1851...




La suite au prochain numéro mes braves...




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Dernière édition par général Mellinet le Dim 28 Nov - 20:00 (2010); édité 6 fois
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MessagePosté le: Jeu 25 Nov - 21:47 (2010)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 25 Nov - 22:14 (2010)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe Répondre en citant

Bonsoir général et merci pour cet exposé; j'ai lu il y a pas mal de temps déjà un trés bon livre sur la conquête de l'Algérie : "Comment l'Algérie devint française, 1830-1848" de George Fleury; à propos de Bourmont je crois me rappeller que 3 de ses fils combattirent en Algérie  et dont un mourrut au début de la conquête.
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Drouet Cyril
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MessagePosté le: Jeu 25 Nov - 22:29 (2010)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe Répondre en citant

Oui, il s'agit du lieutenant Amédée de Bourmont. Il fut mortellement blessé au combat de Sidi-Ibrahim.
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MessagePosté le: Ven 26 Nov - 01:30 (2010)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe Répondre en citant

Outre, Amédée, lieutenant de grenadiers au 49e de ligne, trois autres fils accompagnèrent Bourmont : Louis, capitaine d'état-major, aide de camp de son père ; Charles, lieutenant d'état-major au 3e de ligne ; et Adolphe, sous-lieutenant d'état-major au 15e de ligne.
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général Mellinet
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MessagePosté le: Dim 28 Nov - 20:10 (2010)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe Répondre en citant

Quand je commence un travail, je fais en sorte que celui-ci arrive à son terme (même si n'est pas toujours aisé )...
Je poursuis donc mon exposé :


Pour faire le trait d'union entre la partie précédente et celle que j'entame aujourd'hui, il est nécessaire de savoir que pendant ses six années de détention au Fort de Ham (laquelle faisant suite à l'échec de sa tentative de ralliement du 42ème régiment d'infanterie de ligne à Boulogne/Mer en 1840, tentative faite en compagnie de ce brave général de Montholon pour info...), Louis-Napoléon Bonaparte a beaucoup lu, s'est laissé convaincre par la doctrine saint-simonienne, s'est informé sur la situation en Algérie et a fait partie de ceux qui considéraient que la colonie était comme un "boulet attaché aux pieds de la France"...
En accédant au pouvoir suprême, Louis-Napoléon sait qu'il va avoir là un important problème à régler après avoir pris connaissance avec beaucoup d'intérêt du rapport Tocqueville et ce, en affrontant tant les colons européens (foncièrement arabophobes), que les militaires (lesquels considérant la colonie comme leur chasse gardée). Dans le grand discours qu'il prononce à Bordeaux le 9 octobre 1852, après un voyage qui l'a conduit à Orléans, Bourges, Nevers, Roanne, Lyon, Valence, Avignon, Toulon, Marseille, Montpellier et Toulouse (pour préparer l'avènement du nouvel empire et dont a surtout retenu la péroraison "L'Empire, c'est la paix"...), il se prononce clairement pour une politique d'assimilation : "Nous avons, en face de Marseille, un vaste royaume à assimiler à la France".
Il a déjà en tête le coup médiatique qui ouvrira cette ligne politique à laquelle il restera fidèle pendant 18 ans, malgré les obstacles à surmonter et les chausse-trappes qui lui seront tendues.


La libération d'Abd-el-Kader :


Sur la route du retour vers Paris, le Prince-Président fait une escale non programmée à Amboise et annonce à Abd-el-Kader qu'il lui rend sa liberté afin de tenir la parole de la France, déclarant en substance : "Il est humiliant pour une grande nation de méconnaître sa force au point de manquer sa promesse. La générosité est la meilleure conseillère"....
Avant de partir pour Brousse en Turquie, Abd-el-kader et sa suite passent trois semaines à Paris, séjour popularisé par la presse : spectacle à l'Opéra où l'émir rencontre le chef d'Etat français dans sa loge, visite des monuments de la capitale et recueillement devant le cercueil de Napoléon 1er aux Invalides, réception au château de Saint-Cloud suivie d'une visite des écuries et d'une promenade équestre dans le parc, grande revue militaire au camp de Satory, visites au Roi Jérôme, à "Plon-Plon" (le cousin de Louis-Napoléon) et à sa soeur Mathilde. L'émir demande à voter au référendum du 2 décembre 1852 : lui-même et 13 hommes de sa suite déposent leurs bulletins dans une urne spéciale (dont les 14 votes "oui" ne seront d'ailleurs pas comptabilisés pour l'anecdote...).


Débuts de l'Empire :


Cependant, l'Algérie ne constitue pas l'un des chantiers prioritaires du nouvel Empereur des Français. Dans un premier temps, il maintient le système existant et nomme gouverneur le général Randon, qui doit faire face à d'importantes révoltes berbères en Kabylie et au Sahara (région du Mzab). L'invasion de la grande Kabylie par Randon et Mac-Mahon donne lieu à des combats meurtriers pour les deux camps. La prise de la citadelle d'Icheriden est restée ancrée dans le martyrologe kabyle. En guise de répression, le général Yusuf (officier français d'origine probablement toscane mais à l'identité réelle incertaine...) se livre à la destruction des vergers d'oliviers et d'arbres fruitiers, de forêts, provoquant une désertification qui s'est poursuivie jusqu'à nos jours.
Dans le Mzab, le général Pélissier et son collègue Yusuf (encore lui ! ) doivent se livrer à un combat de rues pour la prise de l'oasis de Laghouat qui donne lieu, après la fuite des rebelles, à un affreux carnage de la population civile par les troupes françaises. Fin 1854, la presuqe totalité du territoire algérien est enfin « pacifiée » et la population parisienne visite, à l'Exposition universelle de 1855, un pavillon de l'Algérie dans lequel, selon la presse de l'époque, "tout est rassemblé pour faire rêver le visiteur et lui donner un magnifique aperçu de la nouvelle colonie".
L'exposition des productiosn locales (blé, maïs, orge, citrons, oranges, vins de Médéa et de Mascara, tabac, henné, essences de géranium de rose et de jasmin, alfa, minerais de cuivre et de plomb, etc...) donne l'image d'un pays de cocagne. On met en chantier la même année une ligne de chemin de fer reliant Oran à Constantine et Philippeville.
De 1851 à 1858, la population européenne passe de 131 000 (dont 66 000 Français) à 181 000 (dont 107 000 Français), face à plus de 1 800 000 indigènes. Si la création de villages de colons agriculteurs se poursuit, se développe surtout une colonisation financière et spéculative qui se fait attribuer les meilleures terres indigènes (notamment des sociétés à capitaux suisses... Le représentant de l'une d'elles, en litige avec le gouverneur général, se rendit en Italie en 1859 pour demander l'arbitrage de Napoléon III. Il se nommait Henri Dunant et rejoignit l'Empereur à Solférino... On connaît la suite : naissance de l'idée d'une "Croix-Rouge" internationale, etc...), grâce à une politique de cantonnement des tribus avec l'assentiment du gouverneur Randon qui estimait que la population arabe devait subir "un refoulement qui était dans la nature des choses".
Au début de la colonisation, de nombreux officiers s'étaient passionnés pour l'oeuvre civilisatrice que la France leur offrait. Dans cet état d'esprit, le général Bugeaud avait créé dans les années 1840 les célèbres "bureaux arabes", constitués d'officiers chargés d'établir des relations de confiance avec les chefs de tribus soumis, puis de mettre en place l'administration de leurs territoires. Nombre d'officiers qui accéderont au grade de général sous le Second Empire auront débuté leur carrière dans les bureaux arabes. Cependant, si certains considéraient leur rôle comme un apostolat, d'autres, jeunes hommes laissés à eux-mêmes, se livrèrent à des abus d'autorité, virent l'opportunité de faire fortune en imposant des amendes et des taxes, et entrèrent en collusion avec les colons pour spolier les indigènes et développer le système du cantonnement.
Le scandale éclate en 1856 avec l'affaire Doineau : ce capitaine, chef du bureau arabe de Lebdou en Oranie, simule une attaque de rebelles pour assassiner un agha local qui s'oppose à ses initiatives malhonnêtes. Le procès verbal révèle cependant que de nombreux officiers faisaient régner la terreur dans leur circonscription et n'hésitaient pas à procéder à des éliminations physiques. Doineau est condamné à mort par la cour d'assises d'Oran (mais sera gracié deux ans plus tard...). L'opinion publique métropolitaine se dresse contre les bureaux arabes, alors que Napoléon III, imprégné de saint-simonisme, est sensible aux arguments d'un chargé de mission au ministère de la Guerre, un nommé Ismaïl Urbain. Celui-ci prône une politique d'assimilation, établissant progressivement l'égalité de charges et de droits entre les deux communautés pour les fondre en une seule nation. Urbain devient alors le conseiller occulte de l'Empereur au moment où celui-ci de prendre le problème algérien à bras-le-corps.


L'expérience civile :


Devant l'hostilité de la hiérarchie militaire à toute évolution, l'Empereur décide de supprimer le gouverneur général et de mettre en place une administration civile. Inspiré par le modèle de Napoléon 1er qui avait nommé son gendre (le Prince Eugène) vice-roi à Milan, il entend confier l'administration algérienne à son cousin (le Prince Napoléon-Jérôme, dit "Plon-Plon"), jeune homme ardent et à l'esprit d'ouverture et d'entreprise. C'est aussi une occasion d'éloigner de Paris cet éternel contestatiaire. "Plon-Plon", bien au fait des intrigues de la cour, accepte la fonction mais refuse de s'éloigner de Paris. L'Empereur créé donc, par décret du 24 juin 1858, un ministère de l'Algérie et des colonies, reprenant les fonctions précédemment assumées par les directions spécialisées des ministères de la Guerre et de la Marine.
Le Prince Napoléon-Jérôme lance un vaste mouvement de réformes, bien accueillies par tous ceux qui souhaitent la limitation des pouvoirs des militaires : création de conseils de préfecture, réorganisation du système judiciaire, limitation des pouvoirs des bureaux arabes et libéralisation des tansactions immobilières (poule plus grand bénéfice des colons). L'activité brouillonne du minsitère et le sabotage des plans de réformes par les militaires aboutissent en huit mois au plus grand désordre dans l'administration de la colonie nord-africaine. L'indiscipline étant devenue la force principale de l'armée, le Prince Napoléon-Jérôme démissionne le 7 mars 1859. L'Empereur le remplace par le comte de Chasseloup-Laubat, fils d'un général du 1er Empire, député au Corps législatif, apprécié pour ses connaissances de la situation algérienne et pour son esprit de modération. Il ;modifie les circulaires de son prédécesseur pour amadouer les généraux et rétablit en partie les prérogatives judiciaires des bureaux arabes, ramenant le calme danbs l'administration. Il lance également un programme de travaux publics : installations portuaires d'Alger, Oran et Philippeville, construction de routes vers Laghouat, Touggourt et Biskra. Cependant, la révolte des « Beni-Snassen » (à la frontière marocaine) et une épidémie de choléra, viennent démontrer combien la situation en Algérie est toujours précaire.


Le voyage de l'Empereur en Algérie en 1860 :


Napoléon III décide donc d'aller s'en rendre compte lui-même sur place. Le 11 septembre 1860, il s'embraque à Marseille avec l'Impératrice Eugénie à bord de son yacht "l'Aigle". Après une escale à Ajaccio, ils arrivent le 17 à Alger. La ville s'est mise en fête pour accueillir les souverains. Le bey de Tunis et le frère du sultan du Maroc ont fait le déplacement pour les rencontrer. Le couple impérial pose la première pierre du boulevard du front de mer, qui restera une image marquante de la cité. Le 18, dans la plaine située à l'entrée de la vallée de la Mitidja, le général Yusuf a organisé un rassemblement coloré des troupes indigènes et des tribus ayant à leur tête les caïds et aghas. Les cavaliers arabes donnent une fantasia de 9 à 10 000 hommes qui déclenchent leurs fusils devant la tente impériale. Démonstrations de chasses à la gazelle, à l'autruche et au faucon suivent dans l'après-midi. Puis les Touaregs voilés de bleu défilent sur leurs dromadaires. Le 19, après la revue des troupes, la ville d'Alger donne un grand banquet à l'issue duquel l'Empereur prononce un discours (directement inspiré par Ismaïl Urbain), dans lequel il précise sa pensée sur l'évolution de l'Algérie : "Le but de la France doit être d'élever les Arabes à la dignité d'hommes libres, de répandre sur eux l'instruction, tout en respectant leur religion, d'améliorer leur existence en faisant sortir de cette terre tous les trésors que la Providence y a enfouis et qu'un mauvais gouvernement laisserait stériles".
Constatant que ces propos laissent pantois nombre d'Européens, il ajoute à leur intention : "Ai-je besoin de dire que la protection de la métropole ne leur manquera jamais".
Alors que le voyage devait se poursuivre dans plusieurs autres ville d'Algérie, l'Empereur et l'Impératrice se rembarquent sur leur yacht le soir-même, après avoir reçu des nouvelles alarmantes de l'état de santé de la duchesse d'Albe (la soeur de l'Impératrice Eugénie, qui décéda en fait à Paris le 16 septembre 1860, soit trois jours avant....).


N.B : Si quelqu'un souhaite avoir des précisions sur certains personnages évoqués dans le texte (sur ce fameux Yusuf ou cet obscure Ismaïl Urbain par exemple...), qu'il me le fasse savoir...



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général Mellinet
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MessagePosté le: Mer 1 Déc - 16:35 (2010)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe Répondre en citant

Bonjour, Shocked


Aujourd'hui, je poursuis l'exposé en abordant la période qui voit le rétablissement du gouvernement général en Algérie. En effet, après quatre mois de réflexions et de consultations, Napoléon III arrive à la conclusion que l'administration civile restait trop sensible aux arguments des colons et ne pourrait jamais s'imposer face aux militaires. Il décide alors de rétablir le gouvernement militaire, mais en le plaçant toutefois directement sous son autorité. Le décret du 10 décembre 1860 rétablit donc la fonction de gouverneur général, lequel commande l'en,semble des forces de terre et de mer, ainsi que tous les services civils (à l'exception de l'instruction, de la justice et des cultes). Le gouverneur devient dès lors un véritable ministre résident (placé sous les ordres de l'Empereur des Français). Le 23 décembre de la même année, c'est le maréchal Pélissier, duc de Malakoff, qui est nommé à ce poste...
Si le changement avait pour but de mettre en application avec détermination la politique définie par l'Empereur lors de son voyage, le choix de Pélissier comme gouverneur général apparaissait pour le moins contestable. Le vainqueur des Russes à Malakoff en 1855, militaire dans l'âme, était âgé de 66 ans et, maintenant « alourdi, empâté, somnolent ». Certains expliquaient sa nomination par le fait que sa jeune épouse était une amie d'enfance de l'Impératrice Eugénie. Il fut rapidement le jouet de ses deux adjoints, savoir le général de Martimprey (qui défendait les intérêts des militaires) et le préfet Mercier-Lacombe (tout dévoué aux colons). Leurs intrigues aboutirent, sous prétexte d'établir les droits de propriété des terres, à un projet de nouvelle extension du cantonnement qui amena Ismaïl Urbain à publier une brochure intitulée "l'Algérie pour les Algériens", présentée à la tribune du Corps législatif par le baron David (ancien officier des bureaux arabes).
A Vichy, le 27 juillet 1862, Napoléon III rencontrait un certain colonel Lapasset qui, en lui "disant des choses raisonnables", le persuadait que sa vision de l'avenir de la colonie était la meilleure et que certains jeunes officiers la partageaient. Le temps était donc venu pour l'Empereur d'affirmer son autorité.


Lettre de Napoléon III à Pélissier :


Dans son discours du trône du 12 janvier 1863, Napoléon III, reprenant mot pour mot une nouvelle brochure d'Ismaïl Urbain intitulée "Algérie française, indigènes et immigrants", affirme que l'Algérie ne pourra se faire sans une égalité entre les Européens et les Arabes et se prononce contre le cantonnement. Il récidive le 6 février suivant en adressant à Pélissier une longue lettre de mission : "On ne peut admettre qu'il y ait utilité à cantonner les indigènes, c'est-à-dire à prendre une certaine portion de leurs terres pour accroître la part de la colonisation […]. Il faut convaincre les Arabes que nous ne sommes pas venus en Algérie pour les opprimer et les spolier, mais pour leur apporter les bienfaits de la civilisation […]. Au lieu de s'affronter, les Européens et les indigènes doivent coopérer et se répartir le travail : aux indigènes, l'élevage des chevaux et du bétail, les cultures naturelles du sol; à l'activité et à l'intelligence européenne, l'exploitation des mines et des forêts, les dessèchements, les irrigations, l'introduction des cultures perfectionnées, l'importation de ces industries qui précèdent ou accompagnent les progrès de la colonisation […]. Le gouvernement devrait favoriser les associations de capitaux européens, en négligeant de se faire entrepreneur d'émigration et de colonisation, comme de soutenir faiblement des individus sans ressources, attirés par des concessions gratuites".
Après ces déclarations qui ne relèvent pas de la langue de bois, l'Empereur termine sa missive par une péroraison qui va déclencher un énorme scandale :
"Voilà, Monsieur le Maréchal, la voie à suivre résolument, car, je le répète, l'Algérie n'est pas une colonie proprement dite, mais un Royaume arabe. Les indigènes ont, comme les colons, un droit égal et je suis aussi bien l'empereur des arabes que l'empereur des Français".
Les expressions "Royaume arabe" et "empereur des Arabes" soulèvent une véritable tempête. Pélissier se précipite à Fontainebleau pour rencontrer l'Empereur, "se jurant d'avoir la peau d'Urbain, ce renard à queue coupée" (classe le clin d'oeil tout de même... ).
La rumeur algéroise attribue à Napoléon III l'intention de rappeler Abd el-Kader et de le nommer vice-roi. Une délégation de colons du Constantinois, inspirateurs d'une brochure arabophobe intitulée "Colonisation européenne de l'Algérie", n'est pas reçue par le chef de l'Etat. Celui-ci maintient fermement sa ligne de conduite politique en promulguant le sénatus-consulte du 22 avril 1863. Ce texte a essentiellement pour but de mettre les terres arabes à l'abri de la convoitise des colons et fixe les opérations à mener pour délimiter et répartir les terres des tribus, établir les droits de propriété des chefs de famille et enfin limiter les prérogatives des caïds. Les Commissions chargées de la mise en oeuvre de ces mesures travailleront dans une grande confusion, peu soutenues par le gouverneur général qui, fatigué et malade, faisait pour le moins preuve de passivité. Sur les hauts plateaux de l'Ouest et en Kabylie, des rebellions éclatent à nouveau, à la suite de conflits entre des caïds, opposés aux réformes, et les bureaux arabes, plutôt favorables. Troubles fomentés également par des confréries religieuses arabes (comme celle des "Sénoussis", ces fanatiques musulmans qui donneront tant de fil à retordre aux troupes italiennes en Tripolitaine et au Fezzan, entre 1911 et 1931...).
Dans ces entrefaits, le maréchal Pélissier décède d'une congestion cérébrale le 22 mai 1864. Il avait alors 70 ans...


Mac-Mahon et le second voyage de l'Empereur :


Le 19 septembre 1864, Napoléon III nomme gouverneur général de l'Algérie le maréchal Mac-Mahon, duc de Magenta, apprécié par les militaires et dont le premier soin est de rétablir l'ordre. Le calme revenu, l'Empereur décide d'aller s'informer personnellement et entreprend, sans l'Impératrice mais accompagné d'Ismaïl Urbain, un voyage de cinq semaines au cours duquel il va découvrir sur le terrain les réalités de la situation algérienne, du 3 mai au 7 juin 1865.
Accueilli par Mac-Mahon, il passe une semaine à Alger. Les chefs arabes se précipitent pour rencontrer le "sultan des Français". Puis il se rend à Oran, où il reçoit une délégation marocaine et le consul de France à Tanger pour traiter des problèmes frontaliers; il descend jusqu'à Sidi-bel-Abbès (sûrement pour aller pour aller rendre hommage au dépôt du Régiment Etranger, qui se comporte héroïquement face au rebelles juaristes du Mexique à la même époque...). De retour à Alger, il visite ensuite la Kabylie où il est bien accueilli. Il débarque à Philippeville et se rend à Constantine, Biskra, Batna, avant de rembarquer à Bône. Si certains colons lui font grise mine, la majorité se montre cependant chaleureuse, espérant le séduire en mettant en scène le spectacle des réalisations de la colonisation. A Oran, on le fit par exemple assister à une séance du conseil général à laquelle participaient des chefs arabes. Il s'étonna en souriant qu'ils puissent le faire sans connaître un seul mot de français et sans disposer d'un interprète...
Le gouverneur général, ainsi motivé, relance avec plus de vigueur que son prédécesseur la mise en application du sénatus-consulte de 1863. Deux semaines seulement après son retour, l'Empereur tire les conclusions de son voyage dans une lettre ouverte adressée au maréchal Mac-Mahon :
"Les entraînements de la conquête ont amené uen grande perturbation dan,s l'ancienne société arabe; l'organisation conforme à ses traditions et à ses moeurs a été détruite sans être remplacée. La société arabe ne constituait pas, ainsi qu'on l'a prétendu, une féodalité; c'était un peuple divisé en tribus ayant à leur tête des familles dont le temps avait consacré l'influence. On a déconsidéré ces grandes familles et annulé leur importance. On a tenté de dissoudre brusquement la tribu; on a bouleversé l'organisation de la justice musulmane; enfin on a détruit les vieilles coutumes d'une nation qui ne renfermait pas encore les éléments propres à constituer une démocratie viable; de sorte que, sans guides, ce malheureux peuple erre, pour ainsi dire, à l'aventure, ne conservant intacts que son fanatisme et son ignorance".
Ce texte fait grincer de nombreuses dents, surtout qu'il s'achève par une réaffirmation des principes de la lettre de 1863, à peine plus nuancée qui plus est : "Ce pays est à la fois un Royaume arabe, une colonie européenne et un camp français. Il est essentiel de considérer l'Algérie sous ses trois aspects : au point de vue indigène, colonial et militaire". L'ampleur et la vigueur de la critique de la colonisation par Napoléon III s'expliquent sans doute par un ressentiment contre l'administration qui, avait-il constaté, sabotait toutes les tentatives de réformes, en collusion avec les Européens et parfois certains cercles militaires. Pour calmer les esprits, Mac-Mahon lui répondit sur un ton fort mesuré, suggérant de remplacer les mots "Royaume arabe" par "population indigène". L'Empereur n'en tint pas compte et promulgua le 14 juillet 1865 un second sénatus-consulte assimilationniste, accordant aux indigènes la citoyenneté française avec les droits civiques afférents (leur permettant ainsi de servir dans l'armée ou dans l'administration), mais tout en étant régis par la loi musulmane. Cependant, ceux qui le souhaiteraient auraient la possibilité d'acquérir la pleine nationalité française, le texte établissant une distinction entre citoyenneté et nationalité (ce texte ambigu aura cependant pour effet de créer des citoyens de seconde zone ou une nationalité à deux vitesses. Avec des aménagements, il restera en vigueur jusqu'en 1946 et sera à l'origine de bien des frustrations, avec les conséquences que l'on devine...).
Pour la majorité des colons, ces conceptions étaient des rêveries d'idéologue. Les juifs, nombreux en Algérie, craignaient de perdre leur statut particulier et de se voir imposer le service militaire, les officiers ne se réjouissaient pas de devoir accueillir des collègues arabes (même si l'avancement de ces derniers était limité au grade de lieutenant...), le clergé catholique se livrait à des opérations de prosélytisme qui créaient des tensions avec les autorités musulmanes.
En cette fin d'année 1865, les initiatives de Napoléon III, empereur qu'avec un siècle de recul nous pouvons juger comme prophétique et précurseur, étaient très mal comprises en Algérie et leur mise en oeuvre se révélait hasardeuse, d'autant que, dès l'année suivante, une sérioe de catastrtophes naturelles et de malheurs s'abattait sur l'Afrique du Nord.


Les calamités de 1865-1869 :


En 1866 et 1867, une sécheresse exceptionnelle s'étend sur tout le nord de l'Afrique. Elle s'accompagne d'une prolifération et d'une invasion de sauterelles. Des nuages de milliards de ces insectes s'abattent sur les cultures, les arbres fruitiers et les détruisent. La moitié du cheptel périt de soif et faute de nourriture. Il en résulte une famine suivie d'une épidémie de choléra qui, jusqu'en 1869, font 300 000 victimes (essentiellement indigènes...), sur une population d'environ 2 500 000 habitants !!! Les vols et les pillages se multiplient; les colons gardent leurs fermes les armes à la main...
Mac-Mahon tarde à informer le gouvernement de la gravité de la situation et à prendre les mesures nécessaires, d'autant qu'il doit en même temps faire face à une crise religieuse provoquée par l'archevêque d'Alger, Mgr Lavigerie. Affichant son mépris de l'Islam, celui-ci voit dans les calamités un signe de Dieu, écrivant : "Il faut relever ce peuple, il faut renoncer aux erreurs du passé, il faut cesser de le parquer dans le Coran, comme on l'a fait trop longtemps, comme on le fait encore, avec un Royaume arabe prétendu; il faut lui inspirer, dans ses enfants du moins, d'autres sentiments, d'autres principes... Il faut que la France lui donne, je me trompe, lui laisse, ceux de l'Evangile, en le mêlant à notre vie ou qu'elle le chasse dans les déserts loin du monde civilisé".
Deux mille orphelins arabes sont recueillis dans des établissements catholiques et l'archevêque refuse de les rendre aux membres de leurs familles, malgré les pressions de Mac-Mahon, catholique convaincu mais désapprouvant le prélat. Il en résulte une crise qui agite le gouvernement, le Corps législatif et les autorités militaires. Mgr Lavigerie devient le porte-parole des colons. Les pèlerinages à la Mecque se multiplient pourtant...
Le 5 mai 1869, le maréchal Niel, ministre de la Guerre, créé une commission d'études, présidée par le maréchal Randon, qui est chargée d'élaborer une constitution pour l'Algérie. Si le projet établi enterre l'idée d'un Royaume arabe, il maintient néanmoins deux zones : l'une civile, de 800 000 habitants, dont 600 000 Arabes assimilés ou en voie de l'être, gérée par des préfets; l'autre indigène, contrôlée par des officiers issus ds bureaux arabes. Les chefs des tribus s'y montrent assez favorables, tandis que les colons s'y opposent violemment, y voyant un risque de partition. Au plébiscite du 8 mai 1870 sur l'établissement de l'Empire libéral, ils s'abstiennent de voter à 35% et donnent au "non" une majorité de 13 852 contre 11 156 "oui" (alors qu'en métropole, le "oui" l'emporta avec 84%...).
Le 17 juillet 1870, Mac-Mahon est rappelé en France pour prendre le commandement d'un corps d'armée suite au déclenchement des hostilités contre la Prusse.
La prompte défaite de l'armée française devant l'ennemi, la proclamation du décret Crémieux (24 octobre 1870) accordant la nationalité française aux juifs d'Algérie, la confiscation des terres au profit des Alsaciens et des Lorrains qui ont fui l'annexion de leurs régions respectives par l'Allemagne, tout cela déclenchent une violente insurrection de la Kabylie, révolte que l'armée mettra dix mois à réprimer et ce, au prix de la perte de 2 600 hommes. Ce sera la dernière campagne militaire d'importance avant la Toussaint tragique de 1954...
Après 1871, les interrogations sur l'organisation de l'Algérie, les projets de réformes et de contre-réformes vont se succéder pendant encore 90 ans et trois républiques, provoquant même la chute de l'une d'elle en 1958. L'affaire algérienne se terminera en laissant de profondes blessures tant chez les vainqueurs que chez les Européens qui devront quitter le territoire mis en valeur par leurs ancêtres...


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MessagePosté le: Lun 6 Déc - 12:32 (2010)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe Répondre en citant

Je conclue l'exposé en dressant une tentative de bilan en ce qui concerne la conduite de l'affaire algérienne sous le règne de Napoléon III :


On peut dire en fait que cette conduite constitue une magnifique illustration des idées généreuses et humanistes de ce grand souverain français, ainsi qu'une preuve de sa compréhension des problèmes du monde et de sa volonté de résoudre une situation particulièrement complexe qu'il avait hérité au moment de sa prise de pouvoir...


Le saint-simonisme militant de Napoléon III lui inspirait en effet l'idée que le développement économique et le progrès social de la colonie devaient passer par une évolution parallèle des deux communautés, dans le respect de leurs moeurs et de leurs croyances. Il était cependant conscient que les tensions nées de la colonisation sauvage des vingt premières années impliquaient un rôle majeur de l'armée pour établir ou maintenir l'ordre indispensable à la réussite de toute réforme. Programme résumé dans la formule "Royaume arabe, colonie européenne, camp militaire", malgré le caractère volontairement provocateur du premier terme. On pourrait alors se demander si Napoléon III a eu conscience que c'était, en, trois points, la quadrature du cercle. Mais paraît-il que, parfois, ce sont les utopistes qui changent le destin du monde...
On ne peut qu'être sensible à la décision de l'Empereur de se rendre longuement sur le terrain en 1865, à ses tentatives pour expérimenter diverses solutions, à sa persévérance face aux échecs. On peut malgré tout lui reprocher le choix d'hommes peu aptes à un tâche de cette ampleur, qu'il s'agisse d'un Pélissier « usé » ou d'un Mac-Mahon manquant de charisme. Et ceci à une époque où la maladie privait déjà l'Empereur d'une bonne part de son énergie. Toutes ses initiatives vont se heurter à l'hostilité des colons, lesquels ne veulent voir dans les indigènes qu'une main-d'oeuvre à bon marché, au mauvais vouloir d'une administration extrêmement favorable à un capitalisme agraire, rêvant de réserves céréalières à l'américaine, à l'indépendance d'un corps d'officiers, dont une partie ne voyait dans l'Algérie qu'un immense champ de manoeuvres et des plans de carrière.
Si ce fut globalement un échec, il faut remarquer que la colonisation eut aussi pour effet le développement d'une agriculture largement tournée vers l'exportation (en direction de la métropole principalement...), la création d'équipements de base (chemins de fer, routes, barrages, canaux d'irrigation...), la lente formation d'une classe arabe francophone et imprégnée de culture française, tandis que le "melting pot" méditérranéen (Espagnols, Maltais, Italiens, Corses, Provençaux et Grecs) donnait naissance à une nouvelle catégorie de Français (les « pieds-noirs »), particulièrement entreprenants et dynamiques tout en restant profondément attachés à la métropole.
Aujourd'hui qu'il est impossible de juger l'action de Napoléon III en algérie sans avoir à l'esprit les événements du siècle qui a suivi, on ne peut manquer d'être frappé par l'aspect précurseur de sa vision et de ses plans. Si ces derniers n'avaient pas été sabotés, s'il avait eu l'énergie et le temps nécessaires pour les poursuivre avec détermination, s'il avait eu suffisamment de charisme pour persuader les différentes communautés de la justesse de ses vues, l'histoire de l'Algérie au XXème siècle en aurait peut-être été moins dramatique.


Au Moyen-Orient :


La ligne suivie par Napoléon III en Algérie est très liée à la politique pro-arabe que la situation au Moyen-Orient l'amena à pratiquer à la même époque. Dès 1855, il fut particulièrement informé de la situation en Syrie par l'émir Abd el-Kader, revenu à Paris pour solliciter l'autorisation de quitter la Turquie et désormais résider à Damas. Autour d'Abd el-Kader à Damas va se constituer une sorte d'université coranique accueillant plusieurs centaines de jeunes Algériens émigrés et souhaitant approfondir librement leur religion. La guerre de Crimée, qui s'est déroulée à la même période, a eu pour conséquence indirecte de mettre la Syrie en ébullition et d'attiser les oppositions religieuses et ethniques entre les Chrétiens orthodoxes (soutenus par la Russie), les Chrétiens maronites (catholiques soutenus par la France), les Musulmans chiites, sunnites et les Druzes.
En 1859, les Musulmans s'unissent pour attaquer les Chrétiens partout où ceux-ci sont minoritaires et ce, sous l'indifférence des pachas et des soldats ottomans.
En juin 1860, le massacre systématique des Chrétiens commence au sud du Liban. Tandis que Paris, Londres et Saint-Petersbourg se concertent, Abd el-Kader et ses hommes rassemblent, accueillent et protègent à Damas plus de 12 000 Chrétiens, alors que déjà 10 000 ont été massacrés. La Turquie se décide enfin à rétablir l'ordre lorsqu'une flotte internationale débarque à Beyrouth une force française de 6 000 hommes placée sous les ordres du général de Beaufort d'Hauptoul. D'ordre de l'Empereur des Français, le général fera remettre à Abd el-Kader les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur. La pension versée par la France à l'émir algérien est portée de 100 000 à 150 000 francs. Dans l'entourage de Napoléon III, on rêve alors de la création d'un grand royaume d'Arabie sous l'autorité d'Abd el-Kader, mais l'émir se dérobe à tout contact en ce sens, déclarant : "Dieu lui-même m'ordonna de déposer les armes. J'ai fait ma soumission avec la ferme résolution de consacrer à la prière et aux études les jours qui me restent à passer sur cette terre".
A l'initiative de Napoléon III, une commission d'enquête européenne oeuvre à la recherche d'une solution assurant la sécurité des Chrétiens et des Druzes, tout en ménageant les intérêts de la Turquie. Véritable succès diplomatique, les travaux aboutissent à la création de la région autonome du "Mont-Liban", dirigée par un gouverneur chrétien et un conseil où les deux communautés maronite et druze sont représentées à égalité. Après la chute de l'Empire ottoman, le "Mont-Liban" doublera de superficie en 1920 pour devenir le Liban actuel et vivra en paix, modèle d'équilibre et de tolérance religieuse, jusqu'à ce qu'il soit entraîné dans le conflit israélo-palestinien et qu'il sombre dans une longue et atroce guerre civile à partir des années 1975-1976...


Les deux cents ans de l'Empereur et de l'émir :


Après cent trente ans d'une colonisation aux séquelles douloureuses, Abd el-Kader est devenu paradoxalement un trait d'union entre l'Algérie et la France. Passant outre aux contestations, l'Algérie indépendante a choisi d'honorer Abd el-Kader en héros du nationalisme algérien (en ne regardant que la première époque de sa vie et en occultant la seconde...) et la France le considère comme l'un de ses plus fidèles amis durant la seconde phase.
Le 6 juillet 1966, s'est déroulé dans les rues d'Alger le cortège du retour des cendres de l'émir et il repose désormais au carré des Martyrs du cimetière d'El-Alia (le corps de Napoléon III, lui, repose toujours sur sa terre d'exil, dans la crypte de l'abbaye de Farnborough, près de Londres : une honte !!!... Confused Bannir ).
En 1980, une statue équestre d'Abd el-kader, sabre au clair, a été inaugurée à Alger, près de l'ancien emplacement de celle du maréchal Bugeaud.
En novembre 2006, une place de l'émir Abd el-Kader a été inaugurée à Paris, dans le 5ème arrondissement (au carrefour des rues Geffroy Saint-Hilaire et Poliveau...).
Enfin, en 2008, on a commémoré en France le bicentenaire de la naissance de Napoléon III, tandis que sur l'autre rive de la Méditerranée, l'on a célébré le bicentenaire de celle de l'émir algérien. Deux hommes de bonne volonté sans nul doute...




Bibliographie utile :

* Charles-André Julien : "Histoire de l'Algérie contemporaine" (tome 1 : « La conquête et les débuts de la colonisation, 1827-1871 »), Presses universitaires de France, 1964;
* Jacques Marseille (sous la direction de) : "France et Algérie, histoire d'une passion", Larousse, 2002;
* George Spillmann (général) : "Napoléon III, prophète méconnu", Presses de la cité, 1972;
* Smaïl Aouli, Ramdane Redjala et Philippe Zoumeroff : "Abd el-Kader", Fayard, 1994;


L'Empereur Napoléon III :



L'émir Abd el-Kader :

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:22 (2016)    Sujet du message: L'Empereur Napoléon III et le Royaume arabe

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