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La bataille d'Auerstaedt - 14 octobre 1806

 
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scots greys
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MessagePosté le: Dim 31 Oct - 17:38 (2010)    Sujet du message: La bataille d'Auerstaedt - 14 octobre 1806 Répondre en citant

"Durant la nuit, l'armée prussienne avait bivouaqué inconfortablement sur un espace trop étroit qui s'étendait sur environ 6 kilomètres. Les ravitaillements étaient insuffisants, et les routes encombrées par les nombreux véhicules et bagages appartenant à cette immense masse humaine. En conséquence, les soldats avaient très mal dormi. Brunswick avait ordonné au commandant de la 3e division, le général Schmettau, de se diriger vers le pont de Kösen pour gagner le contrôle du défilé. Il avait accordé au général un régiment supplémentaire, celui des dragons de la reine-elle-même repartie à Weimar sur les conseils de son mari-, et une batterie d'artillerie. En cet instant, l'armée de Hohenlohe et le détachement de Rüchel sont à peu près à une journée de marche de l'armée principale. Pour les prussiens, il ne fait aucun doute qu'ils auront à affronter qu'un corps d'armée, peut-être deux. Brunswick a donc pris la décision de concentrer tous ses efforts sur son adversaire, stratégie logique du fort au faible.
Au moment du départ, peu avant 7 heures, constatant que l'épais brouillard ajoute au sentiment d'incertitude. Brunswick décide de renforcer son avant-garde en créant une formation improvisée dont il donne le commandement à Blücher, et qui précède d'une dizaine de minutes la tête de la division Schmettau où figurent le duc, le roi Frrédéric-Guillaume et le maréchal Moellendorf. Dans ce réarrangement de dernière minute, et malgré les protestations de Schmettau, Brunswick a transféré le régiment de la reine ainsi qu'une brigade appartenant à la division Schmettau, et qui figurent désormais à l'avant de la colonne se dirigeant vers Kösen. Les prussiens pensent avoir en face d'eux un faible détachement, plus petit encore que le 3e corps de Davout qui fait déjà pâle figure en face des 63000 soldats de l'armée saxo-prussienne. A leurs yeux, la victoire est presque assurée. Moellendorf a hâte d'en découdre avec ce modeste contingent français. Même face à un adversaire inférieur, une victoire serait bienvenue après Schleiz et Saafeld et rétablirait la confiance au sein des armées qui ont par ailleurs très mal accueilli les vaincus des deux premiers combats. <<Poissons frais, bons poissons>>, s'exclame Moellendorf devant Frédéric-Guillaume, faisant allusion à une phrase célèbre prononcée par Frédéric le Grand  avant l'une de ses batailles. Autrement dit, attaquons sans attendre. Résultat : les prussiens se préparent à lancer leur premier assaut avant même d'avoir réuni suffisamment de troupes sur le théâtre! La tactique des prussiens est à l'image de leur stratégie : un mélange d'arrogance et d'inefficacité. La chance est pourtant avec eux. Ils ne sauront pas la saisir.
Blücher est informé à ce moment précis de la présence de troupes françaises à Kösen. Bientôt, il va les apercevoir. Les premiers coups de feu sont échangés entre les dragons de la reine et un petit détachement français commandé par le colonel Burke, l'un des aides de camp de Davout. Dans le brouillard, Burke résiste à la première charge des dragons, mais les hommes du 1er régiment de chasseurs sont obligés de se replier à l'ouest du village de Hassenhausen où deux autres régiments français débouchent des deux côtés de la chaussée. Burke rejoint le régiment de droite, le 25° de ligne, qui va rapidement former un carré afin d'affronter une nouvelle charge prussienne. En effet, le colonel Zieten, à la tête du 2° régiment de dragons de la reine et appuyé par une batterie d'artillerie, fonce dans la masse française. très vite, le combat tourne à l'avantage du 25° de ligne qui a bien disposé son artillerie sur la route. L'ennemi se retire en ordre dispersé alors que les Français s'emparent de cinq pièces d'artillerie. Burke, qui a rejoint Davout, lui fait part de ses impressions: "La ligne adverse est en bataille." Ce renseignement est important. Il indique que l'armée prussienne est en train de se déployer en ordre oblique, manoeuvre qui pourrait être fatale au 3° corps. Davout apprend aussi que le roi est à la tête de l'armée, donc qu'il a probablement affaire à l'armée principale. Alors que les combats ont à peine commencé, cette nouvelle est source d'une grande inquiétude. Mais l'heure n'est pas à la réflexion. Étant donné les circonstances, Davout est obligé d'agir vite. Chaque minute perdue peut lui être fatale. Sa marge de manoeuvre est faible, très faible. Il le sait. quel contraste avec le combat de Saafeld où Lannes avait pu préparer son offensive des heures durant!
Globalement, Davout doit donc éviter la tentative d'enveloppement entamée par son adversaire. Sans plus attendre, il faut qu'il aille soutenir le 25° de ligne que l'isolement rend vulnérable, élément qui n'a pas échappé au commandement prussien. dans un premier temps, les hommes du 25° parviennent à repousser un détachement ennemi où se trouve Scharnhorst, chef d'état-major du duc de Brunswick. Ensuite, les fantassins se déploient sur le plateau et repoussent une violente charge de cavalerie. Il est clair cependant qu'un seul régiment ne pourra tenir très longtemps face à une division.
En effet, alors que le brouillard commence à peine à se lever, Davout voit face à lui un gigantesque déploiement des forces ennemies dont la masse ne cesse d'augmenter. Bien secondé par le général Gudin, et fort contrit de ne pas disposer de la cavalerie de Vialannes, Davout envoie les 21° et 12° régiments de ligne  en soutien du 25°. Pour l'instant, il ne dispose sur le théâtre que de la division Gudin et du 1er régiment de chasseurs, le reste de ses troupes étant encore occupé à franchir le passage de Saale à Kösen. Les hommes avancent péniblement sous le feu de l'artillerie prussienne, mais ils parviennent à s'installer sur la position convenue. Le 21e régiment de ligne est dans le village de Hassenhausen. Le 25e est à droite avec le 12e, sur une petite colline. Le 85e de ligne est à gauche du village. En face, la division Schmettau est bien en ligne. Elle lance son offensive contre les français qui se sont tous positionnés en carré. Les trois premiers carrés sont à 150 mètres les uns des autres, chaque côté faisant environ 100 mètres de long. Blücher tente avec vingt-cinq escadrons de contourner la droite des français pour les surprendre sur les arrières.
L'attaque prussienne est rude. Sur trois rangs, les fantassins du 3e corps tentent de repousser l'assaut des cavaliers. Face à cette masse, ils n'ont que le feu et l'acier de leurs baïonnettes. Schéma classique reproduit à maintes reprises depuis la fin du Moyen-Age, le choc entre cavaliers et fantassins tourne souvent à l'avantage de ces derniers. Gudin et Davout passent de carré en carré afin d'encourager leurs hommes. Blücher, qui voulait exploiter la faiblesse du flanc droit français, n'a pas réussi à surprendre son adversaire, même avec le brouillard.
Sur la Saale, les passages s'effectuent relativement bien, mais le processus reste très long. La 3e division de Gudin parvient à tenir grâce à son acharnement et aussi parce que en face, on perd du temps. A plusieurs reprises, le duc de Brunswick a interrompu les combats pour prendre de nouvelles décisions, toujours en consultant ses deux conseillers principaux, Moellendorf et Scharnhorst. Les choix tactiques sont fonction des évaluations effectuées sur l'importance numérique de l'adversaire. Or, ces estimations évoluent constamment. A l'origine, on croyait faire face à 15000 hommes tout au plus. A mesure que les évènements s'enchaînent, et que le brouillard se dissipe, il apparaît clairement aux autorités prussiennes que l'ennemi est plus nombreux que prévu. Par ailleurs Brunswick est constamment en train de réorganiser ses troupes, prenant un régiment par ici pour le placer par là. Ce processus occasionne une perte de temps considérable, d'autant que les officiers à qui l'on retire des hommes font souvent oppositions aus ordres qui leur sont imposés-avant d'être rappelés à l'ordre."

A suivre.  
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<<Je ne dis pas que les français ne pourront pas nous envahir, je dis seulement qu'ils ne pourront pas le faire par la mer>>.


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MessagePosté le: Dim 31 Oct - 17:38 (2010)    Sujet du message: Publicité

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scots greys
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MessagePosté le: Dim 31 Oct - 18:31 (2010)    Sujet du message: La suite Répondre en citant

"Pendant encore une heure au moins, les charges se succèdent les unes aux autres alors que la division Schmettau se rapproche progressivement des quatres carrés français. Davout ne peut en cet instant qu'apporter un soutien psychologique. Il continue de passer de carré en carré, exhaortant ses hommes à tenir bon avant l'arrivée de renforts qui ne sauraient tarder. Les prussiens harcèlent leur adversaire en changeant systématiquement leur front d'attaque. Tantôt ils chargent à revers, tantôt ils manoeuvrent sur un front oblique. La solidité des carrés français dépend en grande partie de l'habileté des artilleurs. Déjà peu nombreux, ils sont obligés d'adapter leurs tirs à chaque charge de l'ennemi, et doivent éviter que leurs tirs croisés n'atterrissent sur leurs propres troupes.
Au départ, Blücher est presque sûr de sa réussite : avec 1200 cuirassiers lancés au galop contre 600 hommes à pied, il doit pouvoir crever le bataillon carré. Mais Blücher pense avoir affaire à un seul bataillon carré. Il est possible aussi qu'il ait cru avoir à affronter la cavalerie française plutôt que des fantassins, ce qui expliquerait sa surprise initiale. Quoi qu'il en soit, après avoir buté contre le carré du 25e de ligne, les cuirassiers prussiens se trouvent face à un autre carré, celui du 12e de ligne. La scène se déroule juste au moment où le brouillard disparaît. Surpris, les cavaliers pensent être attaqués de tous les côtés. Brusquement, les cuirassiers font volte-face. Les hommes des 25e et 12e régiments sont parvenus à repousser la charge de l'ennemi. Gudin et ses hommes tiennent seuls depuis près d'une heure et demie. Mais pour combien de temps encore? En face, Blücher a bien l'intention de percer l'armure française avec de nouvelles charges de cavalerie. Malgré toute l'énergie qu'il dépense pour casser les carrés français, Blücher va d'échec en échec. Aux cours d'une de ces charges, l'un de ses généraux est tué. Le propre cheval de Blücher s'effondre, mortellement touché par le feu de l'ennemi. Contraint d'emprunter en urgence la monture d'un trompette, Blücher n'a que le temps de se replier sur un petit bois adjacent. Cette fois-ci ses unités affaiblies et en pleine désorganisation, sont incapables de tenter sur le moment une nouvelle charge de cavalerie.
Quand Brunswick apprend-il l'échec de la cavalerie? Nul ne le sait. Mais le duc a décider d'en finir avec son adversaire. Il va mener son offensive coûte que coûte, avec ou sans Blücher. Désignant de la main une hauteur, il déclare : <<Voici la clé de la victoire; si nous occupons ces hauteurs avec de l'infanterie et de l'artillerie, la victoire est à nous>>. Avec cinq divisions et soixante-dix escadrons, il a des raisons d'être optimiste.
Si Brunswick est confiant, Davout est quant à lui très inquiet. Il fait avancer une dizaine pièces de son parc de réserve pour retarder la progression de la division Schmettau qui se dirige tout droit vers le 25e de ligne, la droite française étant jugée, non sans raison, par Brunswick comme le point vulnérable de l'ensemble du dispositif. Davout est obligé d'engager toutes ses réserves dans ce combat inégal. L'étau se resserre encore lorsqu'il s'aperçoit qu'une division prussienne, la division Orange, se positionne face au 85e régiment de ligne, soutenu par seulement deux pièces d'artillerie. Mais à peine a-t-il constaté cette nouvelle évolution qu'il voit les troupes de la division Friant déboucher du défilé de Kösen en colonne serrée. Il est 8h30, une nouvelle bataille commence.
davout ordonne à Friant de se placer sur la droite de Gudin afin de relever le 25e de ligne de tout le poids de la bataille qu'il subissait depuis plus de 90 minutes. Alors qu'il tente de placer ses troupes malgréé une pluie de tirs d'artillerie, Friant doit vite endiguer une tentative de débordement engagée par les prussiens sur sa droite. Davout prend à ce moment-là l'une des décisions les plus importantes de la journée. Vu les circonstances, sachant que Schmettau va attaquer le 85e, alors complètement exposé sur la gauche, il préfère exploiter sa masse sur la droite du dispositif, afin d'enrayer définitivement l'offensive de l'ennemi en cet endroit. Fabuleux coup de poker! Les risques encourus sont inouïs. Si Morand ne survient pas dans les délais très courts, tout son échafaudage peut s'effondrer d'un seul coup. Mais il sait qu'étant donné les rapports de forces, il faut qu'il exploite chacun de ses avantages. Or, il a volé l'initiative à Bl¨cher. Il peut désormais contrôler sa droite de manière définitive. C'est donc là qu'il place l'ensemble de la cavalerie du 3e corps, Vialannes étant enfin arrivé sur le théâtre, en espérant que le 85e va pouvoir tenir assez longtemps avant la venue de renforts. Les cavaliers français ont pour ordre de charger les bataillons prussiens mis à mal pas l'infanterie.  Progressivement, Davout et Friant parviennent à rétablir l'équilibre des forces sur la droite, mais à quel prix! En face, Scharnhorst est meilleur tacticien que Schmettau. Il comprend tout de suite la manoeuvre de Davout. Voyant la disposition espacée de l'armée française, il dilue immédiatement ses troupes, trop compactes par rapport à l'adversaire et donc vulnérables. Excellent artilleur, il sait profiter de la supériorité de son feu. Il parvient aussi à exploiter ces manoeuvres répétées des centaines de fois par les fantassins prussiens. Des deux côtés, le combat est difficile. La Scène est vécue ainsi par les soldats français du 111e régiment de ligne dirigé par le colonel Gay : <<les prussiens défendent ce terrain pied à pied en faisant charger tour àtour leur infanterie et leur cavalerie. Leur artillerie décime les assaillants.>> Un moment, les Français semblent même prêts à plier:<< Sous ce feu écrasant, le régiment s'arrête indécis; il faiblit.[...] Le Colonel Gay, s'adressant aux plus anciens, leur rappela les exploits d'Austerlitz.>> Finalement ils résistent. Les fantassins profitent de la couverture des chasseurs pour s'emparer des batteries prussiennes, la mobilité supérieure de l'infanterie française ayant raison de la puissance de feu des Prussiens.
Entre-temps, sur la gauche, le 85° de ligne souffre terriblement.Seul face à un adversaire de très loin supérieur, il avait tenu tout le temps qu'il avait fallu pour que Friant prenne position. Désormais, il était menacé d'écrasement. Brunswick, ayant constaté l'échec de son offensive sur la droite de l'adversaire, avait décidé de reconcentrer ses forces sur la gauche. De fait Davout avait pris la bonne décision."

A suivre.
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MessagePosté le: Dim 31 Oct - 21:17 (2010)    Sujet du message: La bataille d'Auerstaedt - 14 octobre 1806 Répondre en citant

De fait, Davout avait pris la bonne décision. Grâce à son coup de génie, l’ennemi abandonnait la partie de ce côté au moins. Cependant, Brunswick pouvait dorénavant compter sur de gros renforts qui venaient d’arriver. Dans son idée, il pensait pouvoir déborder les français sur la gauche et leur couper la retraite vers la Saale. A cet effet, il lance toute sa masse contre l’adversaire, avec une division entière, celle de Wartensleben, sans compter les six bataillons appartenant à Schmettau et la cavalerie du prince Guillaume, contre les forces positionnées au sud de Hassenhausen.
C’est l’un des moments clés de la bataille. Davout va tenter de déplacer son centre de gravité sur la gauche. Sa 3e et dernière division, celle de Morand, n’est toujours pas arrivée. Davout commande aux forces du 12e de ligne de se porter rapidement au secours du 85e, le 21e ayant pour mission de couvrir le 12e en défendant la position française à Hassenhausen. Alors que le 12e régiment traverse la route d’Erfurt derrière le village, il est assailli par une énorme masse qui menace de disloquer toute la division Gudin. Encore une fois, les dieux de la guerre sont avec le maréchal. C’est à cet instant précis que Morand et sa division arrivent sur le théâtre, au pas de course. Avec près de 10000 hommes, c’est la plus importante des 3 divisions. Sans plus attendre, Davout se porte à la tête de la colonne auprès de Morand et guide lui-même les troupes sur la gauche de Gudin, désormais placé au centre entre les deux autres divisions. Morand a pris soin de laisser un détachement en arrière pour protéger le pont de Kösen. A l’avant de sa colonne, il a placé le 13e régiment d’infanterie légère. Davout va se dépêcher de le mettre à contribution.
Lors du déplacement vers la gauche, la division Gudin avait dû reculer, laissant un espace vide devant le village, phénomène qui échappa un temps aux observateurs prussiens. Une fois conscients qu’ils avaient là une opportunité à saisir, les prussiens, sous l’impulsion de Moellendorf, lancèrent un régiment sur cet espace, y plaçant notamment une batterie d’artillerie qui menaçait les troupes françaises. Mais une fois de plus, ils n’avaient pas réagi assez vite. Voyant que ces troupes ne tiennent plus le village, pivot stratégique de la bataille, Davout envoie immédiatement le 13e léger pour qu’il repousse cette avant-garde, ce qu’il parvient à faire. Mais dans leur ardeur, les fantassins poussent trop loin et s’isolent face aux forces supérieures de l’ennemi. Contraints à se replier, ils finissent par atterrir aux côtés de la 3e division, à gauche et en arrière du village. Il est 10h30.
C’est le moment que choisit le prince Guillaume pour jeter ses cavaliers sur les colonnes de Morand. La tactique est identique à celle de Blücher. Davout y répond de la même façon. Les régiments de la division Morand se positionnent en carré. Comme auparavant, cette posture défensive s’avère efficace. Davout est placé dans l’un des carrés. Autour de lui, le cri de <<Vive l’Empereur!>> résonne à chaque nouvelle attaque. L’affrontement est violent. Davout lui-même échappe de peu aux balles de l’adversaire. Son chapeau est soufflé par une charge d’artillerie, son bel uniforme déchiré. Il finira la bataille la tête nue, comme le montrent les gravures illustrant ces combats.
En face l’ennemi commence à fatiguer. Les troupes prussiennes et affiliées sont formées à la méthode de l’ancien Régime. Ce sont des troupes hétéroclites, chez qui le sens de l’initiative est découragé au profit d’une discipline de fer administrée à travers des punitions en tous genres comprenant les châtiments corporels. La motivation des hommes provient au moins autant de la peur d’être sévèrement réprimandés-ce qui est pire- que de la rage de vaincre. Un fossé colossal sépare ces hommes du peuple de leurs officiers, issus de l’aristocratie. Dans l’adversité, ces soldats sont moins volontaires et coriaces que leurs homologues français, issus de la levée en masse, et tout acquis à la cause de leur empereur. Ils ont tout au plus une expérience très relative du combat qu’on ne peut comparer avec l’expérience accumulée de soldats français aguerris qui bataillent souvent depuis près d’une décennie aux côtés de Napoléon Bonaparte. Inférieurs aussi tactiquement, ces hommes s’usent très vite par rapport à un adversaire mobile, rapide, souple et dont la puissance de feu mine leurs belles charges soignées qui paraissent si efficaces lors des nombreuses séances d’exercice organisées préalablement.
A chaque nouvelle charge repoussée, les soldats prussiens perdent plus de forces. Leur moral surtout est affaibli. Au bout d’un moment, ils hésitent à repartir, d’autant que leur nombre diminue après chaque offensive, les tirs de l’ennemi faisant un grand nombre de victimes. Face à ces hésitations, les officiers prussiens sont contraints à rosser leurs soldats avec des cannes ou avec le plat de leur sabre pour les faire repartir au combat. Devant cette situation, le duc de Brunswick décide de se porter à la tête de ses troupes pour montrer l’exemple et relancer l’ardeur de ses soldats. Alors qu’il charge à la tête d’un bataillon vers Hassenhausen, il reçoit une balle en pleine tête qui l’aveugle, et dont il mourra plus tard.

Ce drame se produit alors que tout est encore possible, que l’issue de la bataille peut basculer d’un côté comme de l’autre. Si Davout a pour l’instant réussi à repousser l’adversaire, ce dernier est en passe de concentrer ses forces d’une manière qui pourrait être fatale au 3e corps, déjà très éprouvé. Le temps joue contre les français. Ils ont réussi à maintenir leur tête hors de l’eau mais la noyade semble imminente. Si la Prusse se ressaisissait, la supériorité absolue du nombre ferait pencher la balance en sa faveur. Conséquence de l’accident mortel du duc de Brunswick, la Prusse est obligée de marquer un nouveau temps d’arrêt, pause salutaire pour Davout qui peut réorganiser ses troupes. Sans Brunswick, et sans Scharnhorst qui a déjà remplacé Schmettau, le roi décide de prendre lui-même le commandement de l’armée. Ce passage d’une lettre qu’il adressera le lendemain à la reine Louise résume bien l’état d’anxiété dans lequel se trouve Frédéric-Guillaume à ce moment décisif de la journée: <<M’étant porté à la division Wartensleben, je vis se débander le second bataillon du régiment prince Henri. Le sabre à la main, je cherchai à ramener au feu les fuyards, mais ce fut sans succés. Les régiments de Magdebourg n’étaient pas encore formés que déjà le feu des tirailleurs français se mit à nous prendre à partie. Mon cheval blanc de Pologne fut touché au poitrail, le général de Zastrow me passa le sien.  
<<Le duc fut touché à ce moment-là; je le rencontrai, il était soutenu par deux grenadiers du bataillon de Hanstein. Sa blessure était affreuse. Depuis, je n’ai plus eu de nouvelles de lui.>>  
Néanmoins, le roi tente de surmonter la crise. Il prend la décision de porter sa masse sur son côté droit. Mais la division Orange, qu’il attend avec impatience, a une heure et demie de retard, par la faute d’un embouteillage à Auerstaedt causé par ce déplacement massif de troupes vers le plateau de Hassenhausen et par l’excès de bagages transportés par ses armées. Ce contretemps l’oblige à renforcer ses points de vulnérabilité plutôt que d’orchestrer la grande offensive qu’il souhaitait au départ. Il envoie des brigades dans les endroits menacés et porte sa cavalerie sur son aile droite. Entre-temps, Davout a rapidement déplacé sa masse vers sa gauche. Lorsque Brunswick lance sa cavalerie, elle est à nouveau repoussée. Le roi commence à douter. En plaçant ses troupes en carré, et en les déplaçant si efficacement, Davout a réussi à créer une illusion d’optique: l’adversaire est désormais persuadé d’avoir plus d’un corps en face de lui.  
Sur le plateau, le prince Guillaume est parvenu à réunir une masse imposante qu’il lance coup après coup sur la division Morand. Le prince est soutenu par une batterie qui l’aide au départ à s’approcher progressivement des carrés français. Mais, entre chacune des attaques, Morand exploite l’intervalle de temps pour placer ses troupes en colonnes et les faire avancer jusqu’à la prochaine charge. En conséquence, l’adversaire est obligé de reculer sa ligne. Chaque engagement entraîne un choc brutal.  
Côté prussien, le roi Frédéric-Guillaume a un moment d’hésitation. Doit-il continuer à enfoncer l’aile droite de l’ennemi? Doit-il se replier? L’ennemi est-il parvenu à faire déboucher un second corps d’armée? Autant de questions qui le laisse perplexe. Encore un moment clé! Une nouvelle fois, Davout saisit l’opportunité qui s’offre à lui. Comment a-t-il détecté la défaillance psychologique de son adversaire? Probablement est-ce cette qualité indéfinissable que les stratèges appellent génie guerrier et
qui fait qu’un général parvient à saisir en un instant unes situation éminemment complexe avec quelques données fragmentaires et confuses. Toujours est-il que, d’un seul coup, Davout délaisse son dispositif défensif et lance sa grande offensive. Entre les deux moments, il n’y a pratiquement aucun délai et chez les prussiens, c’est la surprise. Voilà plusieurs heures qu’ils s’attaquent aux carrés français. Il a suffi d’un court instant pour que la situation soit renversée. <<Il est un moment dans les combats où la plus petite manœuvre décide et donne la supériorité>>, dira plus tard Napoléon à Las Cases.  
Alors que Davout a effectué sa volte-face offensive, Frédéric-Guillaume a opté pour une posture défensive qui semblait s’imposer après l’échec de sa cavalerie. Néanmoins, avec sa supériorité numérique, le roi va mener plusieurs assauts d’envergure, notamment avec ses troupes d’élite de la brigade Lutzow qui attaquent Gudin. Si l’offensive prussienne paraissait jusque-là désordonnée, l’attaque française est parfaitement coordonnée. Contrairement aux prussiens, toutes les forces françaises disponibles sont sur le théâtre. Davout ne dispose pas de réserves, mais il compense ce manque en faisant en sorte que ses régiments se soutiennent tous mutuellement à partir de leur positionnement échelonné sur une ligne. Lorsqu’un régiment avance, les autres lui servent de couverture. Ensuite, ils avancent à leur tour.  
L’effort combiné de la division Morand lui permet de repousser l’ennemi pour occuper l’extrémité du plateau, sur un contrefort qui domine les environs.. A droite, Friant est parvenu à prendre le village de Spielberg, clé de voûte de l’effort produit sur la droite de la ligne française. Ses hommes poussent plus loin leur attaque et s’emparent du village de Poppel après une lutte acharnée. Les soldats français parviennent ainsi à contourner l’adversaire par la droite pour prendre sa ligne principale en étau. Lors de cette manœuvre, un millier de prisonniers sont capturés. Friant a dû affronter les forces combinées prussiennes comprenant un bataillon de grenadiers dirigé par le prince Auguste de Prusse - dont l’aide de camp est un jeune officier alors inconnu, Karl Von Clausewitz -, la brigade du prince Henri, et un bataillon commandé par Scharnhorst dont l’intervention permettra aux troupes prussiennes de retraiter vers Auerstaedt.  
Friant n’est pas le seul à réaliser un exploit. Au centre, Gudin, dont la division a déjà beaucoup donné, manœuvre habilement face à un adversaire déterminé. Gudin fait reculer volontairement ses tirailleurs afin de laisser s’avancer les fantassins de l’armée prussienne. Les tirailleurs forment une espèce de rideau qui masque le feu de son artillerie et les tirs de mitraille. Une fois l’ennemi suffisamment rapproché, le rideau s’efface subitement, abandonnant les soldats prussiens à la merci du feu français. Le piège fonctionne jusqu’au moment où l’ennemi décide de répondre avec sa propre artillerie. Supérieure, elle réduit au silence la batterie française et permet aux prussiens de contre-attaquer. Davout qui observe le combat de très près, lance alors le 61e régiment de ligne, tenu en réserve dans un ravin adjacent, qui prend les prussiens par surprise sur le flanc. Face à ce double choc, les troupes d’élite prussiennes tiennent bon. L’affrontement est d’une violence extrême, comme en atteste ces propos de Davout, pourtant peu enclin à l’excès : <<Le choc fut terrible; on était à portée de pistolet; la mitraille ouvrait les rangs qui aussitôt se resseraient; chaque mouvement du 61e était dessiné sur le terrain par les braves qu’il y laissait. Enfin l’audace et l’intrépidité l’emportèrent; l’ennemi renversé et en désordre abandonna sss canons>>. La division Gudin et le 61e parviennent ainsi à repousser l’ennemi à partir de Hassenhausen, vers le village de Taugwitz, situé à mi-chemin sur la route menant à
Poppel. Morand, avec son artillerie, pilonne la ligne prussienne qui se replie. On a dépassé la mi-journée. Les prussiens ont perdu leur général en chef, Brunswick, et le commandant d’une division, Schmettau. Moellendorf est gravement blessé. Toujours vaillant à 81 ans, il refuse de quitter le champ de bataille. Le roi Frédéric-Guillaume est démoralisé. Alors que Blücher lui conseille de tenter une nouvelle offensive, le roi préfère jouer la prudence…   
 
Source : Iéna, octobre 1806 d’Arnaud Blin.  
 
Pertes françaises : 7000 tués et blessés  
Pertes prussiennes : 13000 tués et blessés, 3000 prisonniers. 
 
 
 

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